COVID- 19 : « Il m’est donné d’être aide-soignant en EHPAD »

 

Témoignage de Bruno Cadart, curé-doyen de Champigny, pour son équipe de Révision de Vie PMO (Prêtres en Mission ouvrière) du 21 avril 2020

 

 

 

J’ai conscience d’être « privilégié » en ne vivant pas confiné et en pouvant rencontrer du monde. Voilà mon partage pas trop relu mais qui m’aide à poser devant Dieu ce que je vis depuis 3 semaines. 

Comment l’appel à être aide-soignant à l’EHPAD le Vieux Colombier à Villiers-sur-Marne est venu 

Après avoir essayé d’aller à la rencontre des autres dans le cadre du ministère habituel et avoir fait l’expérience que c’était difficile, même pour les obsèques car nous ne recevons que très peu de demandes sur toutes les obsèques qui se font actuellement, après avoir entendu l’appel de Martin Hirsch, directeur de l’APHP, j’ai contacté l’hôpital Paul d'Egine, les EHPAD Joseph Guittard et les Opalines, à Champigny. Je ne pouvais pas me proposer comme médecin en ayant très peu exercé et il y a très longtemps. Je ne pouvais pas me proposer comme infirmier pour les mêmes raisons.

Quand j’étais étudiant en médecine, j’avais financé le début de mes études en travaillant comme agent hospitalier et aide-soignant. J’avais beaucoup aimé le travail d’aide-soignant au contact direct des malades à travers la toilette, le fait de donner le repas. J’avais beaucoup aimé ce que ça permettait comme lien avec les agents hospitaliers, les aides-soignants, les infirmiers. J’avais même cherché à arrêter médecine en fin de 3ème année pour devenir aide-soignant, à la fois par attrait pour ce service et touché par le témoignage d’un jésuite aide-soignant, à la fois par rejet de ce que je voyais de la médecine (douleur non traitée et même provoquée par manque de réflexion, soins différents si on avait de l’argent ou pas, hiérarchie très marquée du médecin à l’agent hospitalier) mais aussi par peur devant la durée des études de médecine. Dans un week-end G.F.U. de ceux qui étaient étudiants en médecine ou infirmiers, Claude Wiener, le prêtre qui nous accompagnait, s’était mis très en colère en me priant instamment de ne pas arrêter médecine et il avait eu ces arguments forts : « On n’a jamais changé le monde en le rejetant » « Si tu as vu quelque chose et que tu parles comme aide-soignant, tu ne seras pas entendu. » « Termine médecine, et tu pourras toujours devenir aide-soignant ! » Evidemment, quand j’ai bouclé ma thèse sur les soins palliatifs, il est l’un des tout premiers à qui je suis allé l’offrir et la dédicacer ! Et il ne pensait pas en disant cela que j’aurai la chance de pouvoir être un des fondateurs des soins palliatifs, et moi non plus. Et voilà qu’il m’est donné d’être « prêtre aide-soignant ! » à plein temps. Tout à fait inimaginable.

Les établissements contactés me disaient : « on vous rappelle », et ils ne rappelaient pas. J’ai hésité à insister, me demandant si je ne forçais pas l’Esprit Saint. Et puis j’ai rappelé encore une fois à Joseph Guittard qui m’a dit qu’il fallait que je m’inscrive sur l’application de l’A.R.S. medGo. Il me fallait mettre mon C.V., pourquoi je n’avais pas exercé depuis 34 ans…

Très rapidement, j’ai reçu un appel de l’EHPAD le Vieux Colombier à Villiers-sur-Marne. Alors que je me préparais à cliquer pour répondre, un message est arrivé sur mon ordinateur : l’annonce du décès du Docteur Ali Djémaoui, médecin généraliste à 500 mètres de Jean XXIII (l’église où réside Bruno au milieu de la cité du Bois l’abbé).

J’avais aussi réfléchi avec une amie qui avait été externe à l’hôpital Charles Foix pendant un an avec moi quand j’étais interne. Elle est spécialisée dans les soins palliatifs dans le 92 et était très malade par le coronavirus, sans détresse respiratoire. Je ne pouvais pas ignorer les risques. Elle m’a aussi passé des vidéos de formation par rapport à la manière de se protéger.

Je me suis demandé « ce qui était juste de faire », et c’était une évidence pour moi. Mais j’avais aussi la peur.

J’avais aussi parlé avec Jean-Pierre Gay (curé de la paroisse voisine et ancien vicaire général) avant de le faire et j’avais demandé à Robert Anthonypillaï (curé d’une autre paroisse de Champigny) s’il était prêt à assumer les conséquences pour les obsèques. Dans mon esprit, si les obsèques devenaient plus nombreuses, je serais revenu aider.

Dans les faits, quand je travaille, j’assure les obsèques de début d’après-midi car c’est un moment de « pause » au niveau de l’EHPAD et j’assure les obsèques sur les jours de repos. Pour le moment, nous avons 3 à 4 célébrations chacun par semaine aussi bien à l’église, qu’au cimetière ou au funerarium. Un lien fort se construit avec Robert qui prend régulièrement de mes nouvelles et chez qui je m’arrête aussi. Je vis mon engagement à l’EHPAD en communion profonde avec lui, avec Jean-Pierre Gay.

Ce que ça me fait vivre :

Si j’ai toujours autant de difficultés à enlever le caca des gens, j’éprouve une très grande joie dans ce service des personnes âgées, dépendantes, atteintes de troubles cognitifs pour beaucoup. Une fois dépassée la difficulté pour changer les couches, je me sens privilégié de vivre ce service. En donnant le repas, en faisant la toilette, en « luttant » avec des personnes agitées et démentes qui nous en font voir de toutes les couleurs, je pense sans cesse au Christ. J’ai la chance d’avoir un amour naturel que je laisse venir et s’exprimer en moi. Je reçois aussi beaucoup d’affection de la part des personnes âgées.

Je travaille donc à plein temps, c’est-à-dire de 8h à 19h30 avec une pause de 13h30 à 15h mais qu’on nous demande de prendre sur place (sauf en cas d’obsèques). Une semaine, je fais samedi, dimanche et lundi, puis jeudi et vendredi ; ensuite, je suis de repos samedi, dimanche et lundi et je travaille mardi et mercredi, puis de nouveau samedi, dimanche et lundi. J’ai donc une semaine avec

3 jours de travail et une semaine avec 4 jours de travail.

Je me lève à 6h et célèbre en malgache pour me tenir en éveil. Quand je rentre, je suis épuisé. Il reste à faire le courrier, les méditations d’Évangile, la préparation des feuilles paroissiales. Je regarde l’homélie du Pape François en différé, et profite des partages des "Maisons d'Evangile" et de Jean-Pierre Roche.

Le samedi soir, veille des Rameaux, j’ai célébré la messe et bénis les rameaux en présence de Norbert et Françoise G. Je n’ai jamais été attiré par les rameaux, mais je sais l’importance qu’ils ont pour les gens du peuple et les ai mis à disposition dans l’église que je laisse ouverte sans aucune surveillance de 7h à 22h. Le nombre de cierges qui sont utilisés témoignent de nombreux passages.

Nous avons béni les rameaux dans la grande salle et, en passant de la grande salle à l’église, il y avait un jeune allongé à côté de la porte de l’église pour que les fleurs le cachent car la police le cherchait pour manquement à l’obligation de confinement. Je l’ai fait entrer dans l’église et il a participé à la messe avec nous… Le dimanche, la direction de l’EHPAD m’avait donné la liste des résidents qui participaient habituellement aux messes à l’EHPAD et encouragé à visiter ces personnes. Pendant la pause, j’ai distribué rameaux et communion. Des aides-soignantes en ont demandé et il y a une aide-soignante béninoise qui a commencé une procession des Rameaux en chantant et dansant dans le couloir de l’EHPAD laïque… tout à fait étonnant !

Je m’inquiétais pour mes repas en période de confinement… le frigidaire est toujours alimenté régulièrement, notamment par Françoise et Norbert.

Je n’aurais jamais imaginé me retrouver « prêtre ouvrier » un jour. Mon arrivée ne s’est pas faite dans la « discrétion ». Il a fallu que je rende compte de qui j’étais, de mon parcours, de pourquoi je venais. J’ai été impressionné de l’impact que ça a eu pour eux. L’infirmière générale en avait les larmes aux yeux. Les gens sont étonnés de voir un médecin choisir de travailler comme aide-soignant. Je dis toute l’importance que ce travail a toujours eu pour moi et ça les touche beaucoup.

Je ne suis pas le seul : depuis quelques jours, il y a un professionnel du monde du spectacle qui s’est présenté comme « gauchiste » et s’est embauché comme agent hospitalier bénévole. Il fait le ménage et distribue les plateaux de repas. Il rayonne d’un amour super. Je me sens complètement frère de ce « communiant ».

Mon jeudi saint a été un peu « particulier » :

La veille, l’infirmière générale m’a appelé pendant mon jour de repos en me demandant si j’accepterai de changer d’étage et de passer du 1er au 3ème. Elle a dit qu’il y avait le nombre de soignants suffisants, mais que l’équipe n’allait pas bien et qu’ils avaient repéré que ma présence ne permettait pas seulement de l’aide pour les toilettes et pour les repas, mais qu’elle apportait un grand réconfort à l’équipe. Comme une aile du 3ème avait été atteinte par le COVID 19, et c’était sans doute la raison des difficultés rencontrées par cette équipe, elle a précisé que je n’aurai pas à travailler en « zone COVID » mais dans les deux autres ailes.

Quand je suis arrivé le jeudi saint au matin, les soignants n’étaient pas au courant que je devais venir. Je me suis présenté en précisant que l’infirmière générale m’avait affecté en zone « non COVID ». L’infirmière a répondu : « acceptes-tu de venir en zone COVID ? Celle qui aurait dû venir a attrapé le COVID et vient de prévenir qu’elle était en arrêt maladie. » Il était évident que ça n’aurait pas de sens de refuser. Mais je découvrais d’abord la difficulté de penser à tous nos gestes pour limiter le risque, d’approcher les malades avec des masques et des visières, mais aussi de ressentir une peur de quelque chose que nous ne voyons pas, si ce n’est que j’en voyais les effets, que ce n’étaient plus des chiffres lointains mais des personnes.

Quand les gens me disent : « Prends soin de toi… », je le reçois comme une marque d’affection. Je le prends au sérieux en essayant de prendre autant de précautions que possible. Mais, « prendre soin de moi », c’est me donner, m’exposer au risque pour ne pas laisser les malades seuls ni d’autres y aller à ma place.

A 13h30, comme convenu, j’ai quitté l’EHPAD pour me rendre au funerarium de Champigny bénir deux cercueils dans le cadre de « contrats obsèques » sans qu’il n’y ait aucune personne que l’on puisse contacter car il s’agissait de personnes âgées isolées. A mon arrivée, pour la bénédiction de 14h, l’agent des Pompes Funèbres me demande si j’ai besoin que le cercueil soit mis dans un salon où si j’acceptais de le bénir là où il était entreposé. Et il ouvre la porte de ce qui était le salon habituel de célébration et je vois 63 cercueils occupant tout le salon (photo). Comme la surface au sol ne suffisait pas, une bonne partie étaient posés sur des trétaux et les autres glissés dessous. Je me suis retrouvé seul à prier à voix haute à la fois pour cette personne, mais aussi pour toutes les autres. J’ai aimé la réflexion de l’agent des Pompes Funèbres : « Mes collègues me disent de ne pas m’embêter, de ne pas appeler de prêtre, que personne n’y verra rien. Mais je tiens à respecter le souhait de la personne. »

A 15h, j’étais de retour à l’EHPAD et remis au 1er étage. Entre temps, pendant mes jours de repos, une aile du 1er étage avait aussi été affectée aux personnes atteintes du COVID 19. Il y avait 2 personnes dont on attendait la mort de manière imminente.

La peur au ventre.

Là, les deux psychologues ont réuni l’équipe soignante comme ils essayent de le faire tous les deux jours pour que chacun puisse parler de son vécu. Ils ont pu dire combien de travailler en zone COVID 19 était épuisant, à travail égal. Ils ont parlé de la peur au ventre quand on entre dans ces chambres. J’avoue l’avoir ressenti très fort au départ, mais je n’y pense plus du tout maintenant, peut-être parce que les malades que nous avons vont plutôt bien et que nous n’avons pas encore eu d’hécatombe, même si d’autres soignants ont dû se mettre en arrêt après avoir contracté le COVID.

Dans mon homélie de dimanche dernier, je disais : « Nous avons la chance, pour le moment, de ne pas avoir eu de nombreux décès. Nous en avons même moins qu’en période habituelle. Mais il y a quelques personnes atteintes par le virus et la psychologue a demandé comment nous faisions pour choisir qui allait soigner les personnes atteintes. Une collègue a dit : « J’ai des enfants, j’ai un mari, j’ai peur d’attraper le virus, mais je ne vais pas laisser d’autres y aller à ma place. » Je ne sais pas si cette collègue est croyante, mais pour moi chrétien, j’y reconnais un signe de Jésus lui-même présent au milieu de nous. Les mesures de confinement n’empêchent pas Jésus d’être là au milieu de nous, vu par les yeux de croyants. Une chose est d’entendre les statistiques chaque soir, une autre chose est de vivre sur le terrain et d’être témoin de la beauté de ce qui se vit là aussi, même si nous savons qu’à tout moment, telle ou telle maison de retraite peut connaître un pic de mortalité, quel que soit le dévouement des soignants.

L’une des deux personnes est morte dans la nuit, l’autre une semaine plus tard, quand j’étais de service. Ce n’est pas rien de mettre le corps sans que la famille n’ait pu voir la personne ni vivante, ni morte pour lui dire adieu, de le fermer dans un sac, sans faire de toilette, avec sa couche souillée, les draps qui nous ont aidés à le déplacer. Ce n’est pas rien d’avoir donné à manger à son voisin de chambre pendant une semaine, à côté de cette personne dans le coma, par fatigue. Par contre, elle n’a jamais semblé souffrir. J’ai essayé de parler avec celui qui partageait sa chambre, de mettre des mots sur le départ de son voisin. Mais, il n’y a pas eu de partage possible avec cet homme perturbé psychiquement et ayant des troubles cognitifs.

Quand nos vies deviennent parole.

Une amie infirmière dans une EHPAD m’a écrit : « Je suis en EHPAD et il y a eu 22 décès sur 80 personnes ; c’est rude. Mais je suis pacifiée d’être là. » Je ressens la même paix et j’essaye d’aider mes collègues à se préparer à une éventuelle hécatombe (il y a une vingtaine de personnes atteintes de COVID maintenant et 2 décès à ce jour). L’aide-soignante qui avait connu le monsieur mort que j’évoque ci-dessus était étonnée de ma réaction, du soulagement que j’éprouvais de le voir partir. Elle m’a même dit : « tu es insensible ? » Cela a été l’occasion d’un partage.

Je confesse que je n’ai pas suivi les célébrations du jeudi saint ce soir-là… ni celle du vendredi saint, le lendemain. J’ai écouté les homélies du Pape François le dimanche de Pâques, après avoir suivi la messe de Pâques.

C’est  ce jour-là que  j’ai mis sur  mon facebook,  dans  le groupe WhatsApp de  l’Equipe de Coordination du Doyenné (ECD) et ceux des E.A.P. (Equipes d’Animation Paroissiale) de Jean XXIII et Saint Saturnin, et à d’autres endroits, l’annonce que je travaillais en EHPAD. C’est une annonce « ambigüe » : « Quand tu donnes, que ta main gauche ignore ce que fait ta main droite… » En même temps, j’ai été marqué de voir combien cet engagement était parlant pour des gens très divers, croyants et non croyants. Je sais aussi que mes homélies prennent une autre dimension. Anna avait pris l’initiative de les enregistrer et je m’étais mis depuis longtemps à les mettre en ligne. Récemment j’ai réécouté toutes les homélies depuis janvier. En les écoutant, mais déjà en les disant, je fais l’expérience que nous ne faisons pas des « topos », des « discours », mais que nous disons une Parole qui n’est pas de nous, qui nous est donnée. Je les réécoute comme des mots qui me font du bien à moi-même et qui ne sont pas de moi. L’expérience nouvelle que je fais depuis que je suis à l’EHPAD, c’est que ce ne sont pas seulement des mots qui me sont donnés, mais que ce que nous vivons avec d’autres soignants devient parole. L’annonce sur facebook a été « likée » 371 fois, commentée 193 fois avec nombre de commentaires très personnels, partagée 50 fois. Si cela peut contribuer à donner une autre image de l’Église, et si cela peut rendre plus fort mon lien avec les paroissiens de Jean XXIII et Saint Saturnin, tant mieux. Je l’ai aussi partagé avec les maires de Champigny et de Chennevières, ou dans le groupe WhatsApp interreligieux. Cela a aussi nourri les partages avec mes frères et sœurs, neveux et nièces. Les homélies enregistrées me valent aussi des bons partages.

Les partages avec les aides-soignantes :

Quand je suis en binôme avec une aide-soignante tentée d’être plus brutale, j’essaye de lui communiquer cette passion de l’attention à la personne, de l’aider à se mettre à la place du malade, à comprendre ses comportements liés à la maladie, à réaliser la violence que peuvent avoir certaines paroles, certains gestes, le ton simplement, pour des malades dépendants.

Quand j’ai repris le travail le mardi 14 avril, il y avait une forte tension dans l’équipe entre l’infirmière et les aides-soignantes. Les aides-soignantes ne faisaient plus leur travail : des repas n’ont pas été donnés, des toilettes n’ont pas été faites. Ce jour-là, je me suis souvent trouvé seul dans les chambres covid et pour palier au bluzz de mes collègues. J’ai essayé de parler, mais le lendemain, c’était la même ambiance plombée au point que j’ai alerté la direction pour qu’ils organisent une rencontre qui a débloqué la situation. Elles n’ont pas semblé savoir d’où était partie l’alerte. Nous avons repris un bon travail ensemble. Elles ont pu dire combien l’augmentation des cas de COVIDE 19 faisait partie des éléments qui les avaient bloquées. Celle avec qui je travaille le plus a dit, lors de la réunion avec la psychologue, qu’elle avait peur d’entrer dans une chambre et que c’était pour cela qu’elle m’avait demandé de venir faire les changes avec elle.

Les pauses sont des moments de partage très forts. Il y a d’abord les partages où je suis « passif ». Je suis présent et je les entends parler de leur vie de couple, de famille. L’autre jour, je les entendais parler de la polygamie de leurs pères, de comment elles le vivaient. D’autres fois, elles parlent de leur  pratique  en  mélangeant  foi catholique  et  évangélique,  ou  des  difficultés  avec  le  mari musulman, le 3ème mari. Jamais je n’ai entendu autant de choses avec le même public Africain rencontré dans le cadre de la paroisse Jean XXIII.

Il y a les partages où je suis « actif interrogé » :

  • Pourquoi es-tu chrétien ?
  • Comment tu es devenu prêtre ?
  • Pourquoi tu travailles ici gratuitement ?
  • Pourquoi tu ne te maries pas ?

Il y a des partages où je suis actif à mon initiative. Par exemple, j’ai fait le choix d’apporter des feuilles paroissiales pour partager avec mes collègues et avec des membres de la direction, et je les invite à écouter sur internet. Depuis 8 jours, je commence mes homélies enregistrées en ajoutant chers amis de l’EHPAD le Vieux Colombier à Villiers-sur-Marne », en plus des paroissiens de Saint Saturnin et Jean XXIII. J’aimerais aussi en convaincre de lire ma thèse (sur le traitement de la douleur et les soins palliatifs), au moins des récits choisis, sur internet.

La célébration des obsèques

J’ai déjà été long, mais j’aime beaucoup ces temps de partage avec les familles quand il y en a. je fais tout pour les recevoir à la paroisse, mais, quand ils sont basés loin, je le fais par téléphone.

J’aime cette présence dans un moment où ils vivent des deuils dans des conditions très difficiles, ou des histoires très difficiles s’expriment aussi, peut-être plus que d’habitude dans les dernières obsèques préparées, jusqu'à la fille d’un vieux monsieur évoquant à mots couverts, mais que j’ai repris pour signifier que j’avais entendu, qu’elle allait se suicider après.

Madagascar et le Mozambique

Début avril, une jeune institutrice tuberculeuse abandonnée de sa famille et une maman qui élève 7 enfants dont 5 qui n’étaient pas à elle et étaient à la rue, ont été chacunes victimes d’attaques (l’une par escroquerie en disant qu’ils étaient envoyés par l’état pour désinfecter la maison, l’autre en ayant été blessée par un couteau) et se sont fait voler l’argent envoyé pour le mois (100 € d’un côté, 650 de l’autre…). Ce que je craignais se vérifie : le confinement lancé au Mozambique et à Madagascar va apporter plus de morts par la violence et par la faim que ce qu’aurait fait le coronavirus. Je vis très concrètement en permanence en lien avec ces deux pays.

La lecture, la prière

Je me réjouis de lire des textes sélectionnés par d’autres : des amis de médecine, Jean-Pierre Roche, et d’autres amis prêtres mais le temps est court et je suis dans un temps de confinement très différent de ce que je vivais au début. Je fais aussi des détours pour aller et revenir et pouvoir faire du sport et souffler, me ressourcer, me détendre.

La prière : la préparation de la méditation de l’Évangile pour mes "Maisons d'Evangile" internet chaque soir, la préparation de l’homélie enregistrée quotidienne et de la feuille paroissiale (la même à Jean XXIII et Saint Saturnin), la célébration de la messe en malgache avant de partir, l’écoute de l’homélie du Pape François, mais l’office… je tombe de sommeil et ai du mal avec ce type de prière.

Bruno Cadart  

Diocèse de Créteil

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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