COVID- 19 : prison dans la prison

Ernest de Neuville, diacre permanent et aumônier de la maison d’arrêt de Coulaines

Il témoigne du quotidien difficile des détenus et du personnel pénitentiaire durant le confinement.

Ce confinement nous fait découvrir un certain nombre de difficultés pour nous-mêmes, pour des personnes que nous connaissons. Peut-on alors mieux percevoir, tenter de comprendre ou nous permettre de mesurer la complexité de vivre à deux dans une cellule de 9 mètres carrés ? C’est la réalité que vivent les personnes détenues, privées de liberté.

Le monde carcéral ne fait pas la « une » des médias actuellement

pourtant plus de 60000 personnes vivent cette situation du confinement carcéral beaucoup plus strict que celui que nous vivons. En effet, il n’y a plus de travail (source de revenus), plus de formation scolaire, plus de visite au parloir. Les aumôniers ne peuvent plus les visiter dans leurs cellules, et il n’y a plus de célébration ni de partage de l’Evangile.

L’administration pénitentiaire a essayé d’adoucir ce strict confinement en accordant 11 heures supplémentaires gratuites de téléphone chaque mois pour aider à maintenir le contact avec l’extérieur, la gratuité de la télévision ; la subvention pour ceux qui sont indigents a été doublée (40€ au lieu de 20€). Cette subvention leur sert à acheter des produits de première nécessité, tel du savon…

L’aumônerie catholique, en lien avec les autres aumôneries chrétiennes, essayent de garder des liens avec les personnes détenues en particulier par l’écrit. Chaque aumônerie compose avec les directions pénitentiaires dont elle dépend. 

Sur le plan national un numéro vert gratuit vient d’être mis en place pour permettre aux personnes détenues de téléphoner à des aumôniers dans l’anonymat et sans écoute de la part de la direction pénitentiaire.

A la Maison d’Arrêt de Coulaines, nous avons trouvez un terrain d’entente avec la direction :

nous réalisons une feuille hebdomadaire recto verso qui est imprimée et distribuée par la Maison d’Arrêt suivant une liste fournie par nos soins. La direction nous renvoie tout le courrier qui nous est destiné. Ainsi nous pouvons répondre à chaque personne. Au début du confinement, les invités du dimanche ont communiqué une lettre que le Père Le Saux leur a adressée.

Les nouvelles que nous avons des personnes détenues nous montrent qu’il y a une certaine forme de sérénité malgré de grandes fragilités.

Dans ce lieu, n’oublions pas qu’il y a aussi tout le personnel, des femmes et des hommes qui travaillent avec parfois des moyens très précaires, en dessous de ce qu’il faudrait. Pendant toute la première partie du confinement il n’y avait aucun moyen de protection, ce qui mettait tout le monde en difficulté : le personnel et les personnes détenues. Cela a créé un peu de tension.

Si nous commençons à voir paraître un confinement assoupli et aménagé pour nous, ce ne sera pas le cas pour eux. Combien de temps devront-ils continuer à vivre une situation de surpeuplement et d’enfermement à laquelle s’est rajouté un confinement très strict? Ne les oublions pas (les personnes détenues comme tout le personnel pénitentiaire) dans nos prières !

 

Ernest de Neuville diacre permanent

Aumônier de la Maison d’Arrêt de Coulaines

Droits photos : Godong

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