La chaire Jean Rodhain à l'Université Catholique de Lyon : relecture de maraude

 

 

 

Introduction :

Depuis septembre 2019, la Chaire Jean Rodhain de l’UCLy est associée au Service Universitaire de Pastorale dans le cadre de l’activité des maraudes.

Les maraudes du Service Universitaire de Pastorale (S.U.P.) sont une institution à l’UCLy et se déroulent depuis près de 10 ans tous les jeudis soirs. Elles touchent une cinquantaine de sans-abris et réunissent 15 étudiants et 10 lycéens avec leurs accompagnateurs. Afin de dépasser le niveau de l’action caritative et d’entrer dans l’intelligence du geste et la formation humaine de celui qui donne, le S.U.P. a mis en place un dispositif réflexif auquel la Chaire Jean Rodhain est associée.

Après chaque maraude, une relecture à chaud est organisée. Les étudiants qui ont inscrit leur participation aux maraudes dans le cadre de la formation humaine liée à leur cursus universitaire (plus de la moitié) sont conduits à reprendre en atelier ces relectures pour évaluer leur progression par rapport à 5 compétences fondamentales :

  • Faire preuve d’esprit critique et d’autocritique

  • Communiquer de façon constructive avec les autres en contexte de diversité culturelle, d’origine…

  • Agir sur la base d’un raisonnement éthique

  • S’adapter et agir dans des situations nouvelles

  • Prendre des initiatives et favoriser l’esprit d’entreprise et la curiosité intellectuelle

Pour les aider à faire émerger les points saillants de leur expérience, le Père.Arnaud Alibert, titulaire de la chaire Jean Rodhain, a organisé une séance de 3 heures de formation-échange sur le pourquoi et le en vue de quoi mettre en œuvre des maraudes, comme bases d’introduction à la Pensée Sociale de l’Eglise.

A l’issue de ce processus, les étudiants ont rédigé un rapport. C’est le rapport de l’un d’entre eux, M.Tobisoa Tsirevo RAKOTOMELOKA , étudiant en droit (L1), que nous publions ici, avec son accord.

I -  Mes compétences et la raison du pourquoi je fais du bénévolat.

J’ai grandi dans un pays de 26 millions d’habitants, Madagascar, dont 76% d’entre eux vivent dans une extrême pauvreté. Plus de 92% de la population vit avec moins de 2 € par jour. J’ai toujours eu envie d’aider les gens, que ce soit ma famille, mes proches ou même des inconnus.

A Madagascar, il y a de la misère à chaque coin de rue. C’est très touchant. Chaque fois que je vois des personnes dans la rue, sans-abri, il y a plein d’enfants. Ces enfants ne vont pas à l’école, sont affamés et font la manche pour pouvoir survivre, manger.

C’est à cause de cela, de ce que j’ai vu et vécu que j’ai pris conscience de la nécessité d’aider les plus démunis. Cela me pousse à faire quelque chose de bien.

Chaque jour, il y a ma conscience qui me parle, qui me dit d’avoir pitié pour les malheureux, qu’il faut aider les gens quand je le peux. Alors, je donne de mon temps, de mon énergie, sans compter, c’est mon devoir.

Il y a 4 ans, quand j’étais encore chez moi à Madagascar, un après-midi vers 15h. Il pleuvait très fort. Si fort que le petit canal pour les déchets d’eau qui se trouve à coté de la maison de notre voisin s’est effondré et l’eau de la pluie est entrée dans sa maison. Ce jour là, ils n’étaient pas été chez eux, leur maison était fermée, sans personne.

Nous étions trois personnes chez nous ; moi, mon petit frère et mon cousin. Comme notre maison est placée au-dessus de la sienne, on pouvait voir les dégâts causés par l’eau : porte éventrée et maison inondée. J’ai appelé vite mes frères en criant que l’appartement de notre voisin était inondé. On a couru immédiatement  pour descendre chez le voisin. On a cassé la porte pour y entrer ; puis on a coupé l’électricité pour éviter un court circuit, ensuite, on a sauvé tout ce qu’on a pu sauvé dans leur maison : la nourriture, les vêtements, les dossiers, les meubles et les appareils électriques etc. L’opération de sauvetage de leurs affaires a pris un long moment ; ce n’est qu’après qu’on a pu prévenir les voisins, et leur expliquer ce qui venait de se passer. Nous n’avons pas appelé les pompiers parce que chez nous ça n’existe presque pas. Nous devons compter sur nous-mêmes et sur la solidarité de nos amis et voisins. Ça a été une catastrophe pour les voisins mais ils nous ont remerciés chaleureusement d’avoir sauvé leurs affaires dans leur maison.

Je pense que je peux mettre cette situation dans mes compétences, à savoir m’adapter et agir dans des situations de crise et de pouvoir faire face à la pression.

L’année où je suis arrivé en France, j’ai voulu créer une association humanitaire, dans le but d’aider les enfants pauvres et orphelins de Madagascar.

Depuis quelques années avec des amis, des relations, ainsi que des amis d’amis, nous récoltons des cahiers, des stylos, des crayons à papier, afin de les faire parvenir dans le village de ma famille, dans le sud de Madagascar Tuléar. Cela compte pour moi, d’aider ces enfants qui vont à l’école, mais qui n’ont pas de quoi écrire.

Je pense qu’ici en Europe et dans ce beau pays qu’est la France, il y a beaucoup de gens généreux. Ils n’ont pas forcément connaissance de la réelle misère dans laquelle vivent des populations entières à l’étranger.

Nous, les malgaches nous recyclons tout. Beaucoup d’affaires jetées en France seraient réutilisées dans notre pays, des vêtements, des voitures, des appareils d’électroménager. Comme disent les français à propos du pétrole, nous les Malgaches, nous pouvons dire : "nous n’avons pas d’argent, mais nous avons des idées." Nous, c’est le système D, comme débrouille. Donc une association comme la mienne qui permet de récupérer des vieux objets qui sont remis en bon état de marche dans mon pays ça peut fonctionner. J’y crois.

II - L'Association humanitaire de l'Université Catholique de Lyon : "L'avenir"      

J’ai voulu faire partie de cette association car les valeurs de « l’avenir » sont proches des miennes. Tout naturellement, lorsque j’ai connu l’association « l’Avenir », j’ai souhaité donner de mon temps, de mon énergie pour leurs actions sur Lyon. En rencontrant le père Arnaud, au début de l’année scolaire, il nous a expliqués, à moi et à d’autres étudiants, leurs activités « la maraude ». Je n’ai pas hésité à faire connaissance avec l’association et m’inscrire pour ma formation humaine.

Depuis je fais la maraude une fois par semaine cela dure trois heures, tous les jeudis de 18h à 21h. Il y a une préparation de 18h à 19h pour faire le chocolat chaud, le thé, le café et les sandwichs. Puis à 19h 15 nous faisons une préparation spirituelle dans la chapelle de l’Université Catholique de Lyon, louanges et prières. Ensuite, on se divise par groupes de 5 personnes, pour aller dans un endroit donné (par exemple dans le centre de Lyon à Bellecour). Sur place, on fait le maximum pour discuter avec les personnes sans-abri, échanger avec eux. Ils ont besoin d’une écoute. Puis nous donnons de la nourriture et des informations. Parfois il est compliqué de faire la maraude, il arrive que les gens soient agressifs, ou bien ils ne t’adressent pas la parole, ils veulent juste récupérer la nourriture et partir.

Un jour, nous avons fait la maraude place Carnot, là il y avait deux hommes, l’un a voulu discuté et partagé avec nous mais l’autre non, il était agressif, il nous a crié dessus et nous à virer de l’endroit. Nous avons tout de même essayé de leur donner de la nourriture, de calmer la situation et de communiquer de façon constructive avec les autres.

Pour moi, faire la maraude c’est vraiment un plaisir d’aider les personnes en difficulté. Dans la rue, même si on ne donne pas grand chose, de les voir sourire et accepter de nous recevoir en donnant la nourriture. cela me touche.  Cela ne changera pas leur vie mais juste de donner quelque chose même si c’est peu, cela me fait du bien. Parfois on oublie ou on ignore leurs existences. Quand je suis arrivé en France ça m’a surpris de voir que dans ce pays, la 6e puissance du monde que  j’imaginais comme un pays riche, il puisse exister des personnes pauvres sans-abri qui font la manche.

Conclusion

Dans la rue, on trouve différents cas de personne. L’autre jour, on a croisé un monsieur qui faisait la manche parce qu’il n’avait pas de quoi payer son loyer et acheter de la nourriture. Il nous a expliqué qu’il avait eu un travail et gagné sa vie puis il avait été mis au chômage. Pour lui, faire la manche dans la rue, c’est juste une transition, cela lui permet de manger jusqu’à la fin du mois, pour avoir son chômage et récupérer son appartement.

Cela veut dire que n’importe qui peut terminer dans la rue. Un accident de parcours professionnel ou personnel (divorce, maladie) et vous quittez le confort que vous aviez créé. Lorsque j’ai compris cela, ça m’a poussé à ne pas juger les gens qui se trouvent dans la rue, parce que dans la vie tout peut changer très vite et la situation peut se dégrader rapidement.

J’ai pris conscience aussi, de faire très attention, de ne pas dépenser n’importe comment mon argent, de réfléchir avant d’agir. Solidarité, Humanité, Fraternité, Partage… C’est une grande chance pour moi de pouvoir faire partie de l’association « L’avenir ».

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