L’Économie de François : œuvrer pour une nouvelle économie

Du 19 au 21 novembre 2020, les étudiants et jeunes entrepreneurs, “ acteurs du changement ” de moins de 35 ans ont rendez-vous pour vivre l’évènement international L’Économie de François en ligne.

Plus de 2000 participants, dont cinquante-huit Français, étaient initialement attendus à Assise en mars dernier, en réponse à l’appel du pape. Les conditions sanitaires ont transformé la proposition, mais pas le travail de réflexion : tous entendent agir pour une économie plus juste et plus fraternelle selon l’esprit de saint François

Témoignages :

“ Un temps de parenthèse dans mon quotidien d’entrepreneur ”

Sébastien Cléry, 32 ans, marié, un enfant, vit et travaille à Toulouse. Après un parcours dans la finance, des études en mathématiques et en économie à l’université et à l’international, il décroche en 2011 un poste à Amsterdam au sein d’une grande compagnie d’assurances. Trois ans plus tard, un plan social le pousse à s’interroger sur lui-même et sur ses aspirations profondes. En 2016, il crée une société qui édite des logiciels de prévention des risques en entreprise. Une petite structure qui compte actuellement trois salariés. Il est membre des Entrepreneurs et dirigeants chrétiens (EDC).

“Je me bats pour développer mon business et gagner ma vie. J’apprends beaucoup. Lorsque j’ai discerné ma création d’entreprise, je cherchais à remettre du sens dans mon travail et à l’orienter vers plus d’harmonie pour que progressent ensemble les écosystèmes humains, professionnels et personnels. Je suis heureux de répondre à l’invitation du pape et de participer à l’évènement L’Économie de François. Je l’envisage comme un temps de parenthèse dans mon quotidien très terre à terre, comme un temps de ressource. J’ai continuellement les mains dans le cambouis pour maintenir un certain équilibre, je ne vois pas bien comment je vais sauver le monde ! Mais le côté rassemblement avec d’autres personnes de ma génération m’attire. J’espère être surpris et vivre des rencontres inattendues ! Parmi les intervenants, j’ai noté la participation de Muhammad Yunus, prix Nobel de la paix, créateur d’un système de microfinance au Bangladesh. Je me suis beaucoup intéressé à sa démarche. Dans son équation, l’argent est une variable parmi d’autres (l’environnement humain, économique, écologique), pas au-dessus des autres : elle reste au service du projet. C’est bon de se le rappeler ! Je vis, aujourd’hui, la réflexion pour une économie plus juste, plus soucieuse du bien commun davantage comme une posture personnelle plutôt qu’un écrit dans les statuts de mon entreprise. Je me pose les questions de la finalité, du lien avec Dieu dans chaque interaction humaine, clients, prospects, etc. : suis-je en train de grandir, suis-je connecté à la bonne source ? Avec cet évènement international en ligne, je vais peut-être prendre une claque, voir les choses différemment, revenir avec des propositions à mettre en œuvre rapidement ou avec de bonnes graines…”

“ Apporter sa pierre au débat ”

Ludovic Gaudefroy, 32 ans, marié, trois enfants, vit et travaille dans l’Aisne. Manipulateur radio IRM de profession, il développe depuis deux ans une activité parallèle de nettoyage et de fleurissement des tombes. Il est membre des EDC de Soissons. Chaque été depuis quatre ans, il rejoint Lourdes comme hospitalier.

“À la base, je n’avais pas prévu de devenir chef d’entreprise. Mais ce projet mené en commun avec mon associé est une autre façon de donner du sens à mes idées. Sur les conseils d’amis et de prêtres, j’ai rejoint l’équipe de EDC à Soissons. Cela m’a tout de suite beaucoup apporté, surtout dans la vision d’une structure à la fois humaine et économiquement viable. J’ai hésité avant de répondre à la proposition de la rencontre L’Économie de François, car je ne me sentais pas à la hauteur de ce rassemblement et de sa dimension planétaire. Mon associé, qui ne peut y participer du fait de son âge, m’a beaucoup encouragé. Je me suis rendu compte que le sujet touche tout le monde, j’en parle facilement avec mes collègues à l’hôpital. Chacun peut apporter sa pierre au débat sur l’écologie et l’économie. Avec notre entreprise, nous souhaitons rendre service aux personnes, souvent éloignées géographiquement et déjà vieillissantes. Nous leur apportons une écoute attentive pour mieux les comprendre et mieux travailler. Notre modèle est simple : nous faisons le choix de protéger la planète et nos clients en utilisant uniquement des produits locaux, naturels et surtout de l’huile de coude. L’entreprise grandissant, nous comptons employer des personnes en marge de la société, fragiles ou handicapées. À la suite des encycliques Laudato Si’ et Christus vivit, le pape renouvelle sa confiance envers les jeunes, cette démarche me touche beaucoup. C’est comme s’il nous donnait les clés de la société de demain en nous disant : “Allez-y !” Quelle chance et quelle responsabilité ! Parmi les douze villages thématiques proposés, j’ai choisi “Business and peace”. J’espère que l’on travaillera à de nouvelles solutions, directement applicables. Laissons œuvrer la grâce !”

“ Penser le bien commun autrement ”

Laura Borja, 28 ans, est Colombienne. Après une licence en économie et deux années d’activité auprès des politiques de son pays, elle choisit de vivre un temps de pause et se forme spirituellement en France. Engagée au sein de la communauté du Chemin neuf depuis l’an dernier, elle suit actuellement le master Expertise économique en politiques et projets de développement à La Sorbonne, Paris.

“ L’Église a une vision assez large de l’économie. Je suis très heureuse que le pape ose aborder cette thématique pour la première fois, malgré de nombreuses critiques, à la suite de ses positions sur l’écologie. Je suis très intéressée par les sujets qui touchent au développement des pays, aux différentes façons d’agir, de lier écologie et économie. Je recherche également cette intégralité, cette unité, dans ma vie dans le monde et en Église. Dans mon pays, j’ai été confronté à la pauvreté, à la corruption ou encore à la drogue. Ce qui nous reste, à nous Colombiens, c’est de nous former pour mieux mesurer l’ensemble des enjeux et proposer des alternatives aux décisions de nos gouvernements. L’Économie de François invite à penser le bien commun autrement, à œuvrer pour trouver le bon équilibre. Protéger la maison commune, penser aux personnes dans le besoin semble une utopie au niveau économique. Pourtant, on entend aujourd’hui un appel à repenser le capitalisme, à le renouveler. Et cela s’est accéléré avec la pandémie : le nombre de services échangés gratuitement montre qu’il est possible de s’inquiéter de l’autre ! J’ai hâte de vivre cet évènement. Finalement en ligne, il va permettre un plus grand nombre de participants et diffuser ses contenus plus largement. Je réjouis de pouvoir entendre à nouveau Armatya Sen, prix Nobel d’économie qui, face aux chiffres des économistes, propose un modèle pour le bien être. Avec la Fraternité politique et les jeunes professionnels du Chemin Neuf à Paris, nous proposerons, dès que possible, un week-end ouvert à tous ceux qui souhaitent se rencontrer autour de ces réflexions.”

“ Être attentif à tous ”

François Eygun, 29 ans, marié, deux enfants, vit à Marseille et travaille au sein de la Maison Bernadette. Engagé là depuis six ans, avec son épouse, d’abord au service de l’association Massabielle, il partage la vie de la Fraternité Bernadette entre temps de prière et de mission. Dans ce cadre, à la suite de son école de commerce parisienne et de son projet de fin d’études, il est venu développer Massajobs, une structure d’accompagnement à l’emploi, dont il est aujourd’hui le directeur.

“Je souhaitais initialement rencontrer le pape ! Et aussi approfondir l’intuition de mon saint patron quant aux entreprises et à la société. Saint François est parfois hyper dur à suivre et en même temps tellement inspirant ! Le fait même que L’Économie de François existe est une grande chance. Il y a beaucoup d’intelligence et de créativité dans l’organisation, même si je regrette que l’évènement se déroule finalement en visioconférence. Dans le mouvement de cette nouvelle économie, je découvre des modes de gestion radicalement différent de ceux appris à l’école. L’ouvrage L’entreprise altruiste (Laurent Marbacher et Isaac Geetz) regorge d’exemples passionnants. Et prouve qu’une structure basée sur le service inconditionnel de tous et non sur le profit, ne menace pas la rentabilité, mais sur-performe au contraire ! Quelle espérance sociétale et écologique ! Massajobs a pour mission de permettre à chaque personne de se découvrir digne, aimable, belle également dans sa capacité à transformer le monde, c’est à dire à travailler. Il y a près d’un an et demi, nous avons commencé à changer de regard sur nos partenaires. Jusqu’ici, nous prenions soin essentiellement des personnes accompagnées, désormais nous veillons à être attentifs à tous ceux avec qui nous travaillons, dans un esprit d’échange de service. J’essaie aussi de me former à l’intelligence collective, au co-développement de façon à ce que chacun des huit salariés ait une vision globale des enjeux. Il y a un équilibre à trouver. Je n’ai pas eu l’occasion de suivre les webinaires déjà proposés par L’Économie de François, mais ma collègue Fanny, si ! Un en particulier sur la place des femmes, qu’elle a trouvé très encourageant. J’ai hâte de vivre l’évènement et d’en témoigner. ”

Par Florence de Maistre.

Eglise catholique en France

 

 

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