Les défis des crises dans le couple

20/04/2021

Infirmière de formation, Marie Vautherin s’est formée au conseil conjugal en 2013. Dans son cabinet rémois, elle accompagne des couples en crises grâce à la Thérapie Relationnelle IMAGO

 

Cette Thérapie Relationnelle Imago considère que les difficultés et les conflits sont un cadeau, une invitation à un processus de croissance et de changement par le développement d’une qualité de conscience et de présence dans la relation.

En quoi l’encyclique Amoris Laetitia nourrit-elle votre travail ?

J’ai lu Amoris Laetitia à la fin de ma formation en conseil conjugal et familial. Cette lecture m’a confirmée dans la beauté de mon appel à exercer ce métier. Je me suis dit que le pape était bien à jour. Il touche la réalité de la vie des couples et des familles avec beaucoup de finesse.

La question de la fécondité (Amoris Laetitia chapitre 5 n°178-179-180-181)

 « Il convient de rappeler que la procréation ou l’adoption ne sont pas les seules manières de vivre la fécondité de l’amour ». A quels autres types de fécondité le pape fait-il allusion ?

Il faut distinguer la fécondité physique de la fécondité psychique. La fécondité physique ne concerne que les premières années du couple. Tout le reste de la vie renvoie à la fécondité dans un sens plus large. Paradoxalement, certains couples avec enfants peuvent manquer de fécondité s’ils ne rayonnent pas. Et ne pas avoir d’enfants offre une plus grande liberté matérielle : il est plus simple de rendre service. La question de la fécondité dans le couple soulève aussi celle de la fécondité des prêtres, des religieux, des célibataires consacrés… Réduire la fécondité au seul fait d’avoir des enfants nierait alors leur propre fécondité.

« De nombreux couples ne peuvent pas avoir d’enfants. Nous savons combien de souffrance cela comporte. » Comment accueillir cette souffrance ?

Il est évident que ne pas avoir d’enfants met à l’épreuve le couple ; mais un parcours de PMA l’éprouve également. L’accompagnement psychologique permet à l’homme et à la femme de prendre conscience de ce qu’il se passe et de se le dire. Pourquoi est-ce si difficile pour toi ? pour moi ? Ce chemin passe par une phase d’acceptation et des étapes de deuil qui mènent à un plus grand chemin de vie.

Le défi des crises (Amoris Laetitia chapitre 6 n°232-233-234)

« Une crise surmontée ne conduit pas à une relation de moindre intensité mais conduit à améliorer, affermir et mûrir le vin de l’union ». Le pape cite ensuite une série de crises potentielles (crises du premier enfant, crise du « nid vide », crise dans la vieillesse des parents d’un conjoint…). En quoi, ces crises peuvent-elles être bénéfiques ?

Les crises sont de véritables trésors ! Sortons de l’idée qu’il faut éviter les crises pour survivre. Certains couples enterrent leurs conflits… Et cela fait des dégâts des années plus tard. Le conflit fait partie intégrante de la vie du couple. C’est après la période de l’amour romantique que démarre le véritable amour ! Commencent alors des luttes de pouvoirs qui sont autant d’occasions de croissance. Le vrai amour ce n’est pas de dire « je t’aime » mais « je veux t’aimer ». Grâce à la volonté, un petit pont se crée entre les cœurs. Parfois, l’un des conjoints (ou les deux) tombe de ce pont. L’enjeu est d’apprendre à remonter le plus rapidement possible et de la manière la plus constructive possible.

Le pape consacre plusieurs paragraphes au dialogue : « dans une crise non assumée, c’est la communication qui est la plus affectée ».Est-ce si compliqué pour les couples de se parler ?

Il est vrai qu’il existe beaucoup de moyens de fuir : sport, ordinateur, séries TV, enfants… Se parler dans un couple nécessite d’avoir l’intention de se raccrocher à ce fameux « je veux t’aimer ». J’encourage les couples à prendre régulièrement le temps pour se parler : parler de moi, parler de nous. Se parler… mais aussi entendre ce que mon conjoint veut me dire.

L’éducation affective et sexuelle (Amoris Laetitia chapitre 7 n°284-285)

Le pape écrit « on prend trop à la légère l’éducation sexuelle ». Est-ce vrai ? 

Mon métier m’amène à intervenir sur ces sujets en milieux collectifs (dans les établissements scolaires, des maisons de quartier, des structures d’aide à la parentalité…). Or, je m’aperçois, que même si cette instruction est obligatoire dans les écoles, bien souvent, elle n’est pas effective. Pourtant, l’éducation à la vie affective, relationnelle et sexuelle est primordiale. Et, ce, dès la maternelle. Il faut apprendre aux petits enfants à poser le consentement, à être capables de dire ce qui est agréable et ce qui ne l’est pas etc… Il ne s’agit pas uniquement de parler de sexualité mais d’apprendre à ETRE EN RELATION AVEC. Les conséquences sont immenses ensuite sur la vie d’adulte.

« L’éducation affective et sexuelle doit aider à accepter son propre corps (…) et devrait inclure le respect et la valorisation de la différence ». En quoi est-ce un défi pour notre société ?

C’est bien plus que d’accepter son propre corps. Il faut accepter ce qui se passe en moi : mon désir, mes émotions…. Bien souvent, les jeunes ne voient plus la beauté de la différence. Le féminisme poussé à l’extrême amène à avoir un regard jugeant sur les garçons. Nous avons un gros travail de réhabilitation à faire sur la complémentarité féminin/masculin.

3 idées toutes simples pour prendre soin de son couple

  • Se partager une appréciation par jour : « voilà ce que j’ai apprécié chez toi aujourd’hui », et remercier l’autre pour cela. Il faut 5 remarques positives pour contrer une négative ! Alors, ne nous privons pas !
  • Prendre le temps de s’enlacer et de sentir les cœurs qui battent à l’unisson.
  • Bloquer dans son agenda un temps de qualité pour son couple : partir marcher, prendre le temps d’une soirée… Je conseille un petit jeu de cartes « L’art de chérir » pour apprendre à se dire les choses.

Source : diocèse de Reims

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