« Les freins au départ en vacances sont multiples »

12/07/2021

Volontaire permanente d’ATD Quart Monde et co-responsable du Département vacances, Saandia Soufiane explique comment le Mouvement peut participer à la construction et au financement d’un projet de vacances. 

 

Elle pointe également l’impact de ces moments de répits pour les personnes en situation de pauvreté et les multiples freins au départ en vacances.

Quel est le rôle du Département vacances d’ATD Quart Monde ?

Il a plusieurs rôles. Quand une personne manifeste son envie de partir en vacances, les alliés ou volontaires permanents d’ATD Quart Monde dans les groupes locaux réfléchissent avec elle pour construire le projet. Le Département vacances peut les conseiller pour trouver un lieu adapté par exemple, puis pour aider au financement. Pour les familles, il peut y avoir notamment l’aide de la Caisse d’allocations familiales, la Vacaf, qui n’est pas assez connue et n’atteint pas forcément les personnes qui en auraient le plus besoin. Nous déterminons aussi, avec la personne ou la famille, sa contribution financière, qui, même symbolique, est obligatoire.

Puis nous évaluons ce qu’il reste à financer, afin de solder la réservation et les transports et de s’assurer que quelques loisirs sur place seront possibles. Pour cela, ATD Quart Monde a un partenariat avec l’Agence nationale des chèques vacances. Nous finançons les projets portés par les groupes locaux du Mouvement, mais aussi par une quinzaine d’associations partenaires, plus petites. En 2020, 414 personnes sont ainsi parties accompagnées par ATD Quart Monde et nos partenaires.

Le Département vacances assure également l’animation du réseau Wresinski vacances. En quoi consiste ce réseau ?

Il est un espace d’échanges, de partage des pratiques et des solutions. Il compte une quarantaine de membres actifs qui se réunissent régulièrement pour réfléchir à ce que signifie le droit aux vacances pour tous, aux difficultés pour accompagner les projets des personnes en situation de grande pauvreté, aux freins matériels et psychologiques, au manque de dispositifs et de lieux adaptés, à la manière de mettre en place un réel accompagnement aux vacances et non une simple consommation de séjours…

Nous sommes par ailleurs en train de lancer, au sein du réseau, une démarche de réflexion inspirée du Croisement des savoirs et des pratiques. Nous allons créer des groupes de pairs, avec des assistants sociaux, des familles en situation de précarité, des jeunes… Tous vont réfléchir à partir de septembre 2021 à ce qu’implique ce droit aux vacances pour tous. Nous espérons qu’une restitution nationale de ces travaux se fera fin 2022.

Quels sont les freins aux vacances que vous avez déjà pu identifier ?

Ils sont multiples. Très souvent, les personnes en situation de grande pauvreté pensent qu’elles n’ont pas le droit de partir en vacances. Elles nous disent : « Les vacances, c’est fait pour ceux qui travaillent, qui ont de l’argent et méritent de pouvoir se reposer. Moi, j’exagère si je pars en vacances ». Ce blocage est renforcé par la société. C’est une idée très répandue que les gens qui sont dans la galère ne peuvent pas se permettre de prendre des vacances. Pour les travailleurs sociaux qui les accompagnent parfois pour gérer leur budget, cette ligne budgétaire n’existe même pas. Nous avons vu aussi le cas d’une mère de famille qui vivait en centre d’hébergement et avait envie et besoin de partir quelques jours avec sa fille. L’éducatrice lui a dit qu’elle n’en avait pas le droit tant qu’elle n’avait pas un logement définitif.

Mais il y a aussi beaucoup d’autres freins. Pour les personnes qui ont vécu dans la précarité au niveau du logement, ce n’est pas facile de quitter leur appartement quand elles en ont enfin un. Il y a la peur de ne pas le retrouver au retour, qu’il soit squatté pendant leur absence. Pour ceux qui n’ont pas de logement, partir c’est aussi laisser sa place. Les vacances, c’est aussi partir dans un endroit qu’on ne connaît pas, au milieu de personnes inconnues. Il y a la peur de se perdre, de se ridiculiser, d’être mal accueilli, de ne pas réussir à gérer les enfants, de ne pas savoir s’insérer dans la vie d’un camping… Il y a aussi bien évidemment les freins au niveau financier, car les vacances coûtent cher et les dispositifs d’aide ne sont pas adaptés.

Que disent les vacanciers à leur retour ?

Après un premier séjour, beaucoup de personnes reviennent avec l’impression que quelque chose a changé, elles sentent une sorte de souffle nouveau. Cette coupure leur permet d’avoir un peu de répit dans une vie difficile, de renforcer les liens avec leurs enfants… Cela peut leur donner de l’élan.

Mais tout n’est pas toujours rose non plus. Nous devons davantage réfléchir à ce retour. Quand une famille vit dans un squat, au milieu du bruit et de la violence, et se retrouve pendant 9 jours dans un petit cocon à la Bise, comment faire en sorte que le retour à la vie quotidienne ne soit pas vécu comme une violence supplémentaire ? Comment les préparer à cela ?

Il y a aussi des personnes pour qui les vacances ne se sont pas bien passées, qui rentrent parfois plus tôt que prévu. Ce n’est pas la majorité des cas, mais cela arrive. Elles se sont senties mal considérées, ont eu des accrochages avec d’autres et, lorsqu’elles rentrent, affirment qu’elles ne repartiront plus jamais en vacances. Ce qui peut nous sembler anodin peut être très violent pour des personnes fragilisées. Derrière le droit aux vacances, il n’y a pas simplement la consommation d’un séjour hors de chez soi, mais des impacts bien plus importants, positifs ou négatifs, sur de nombreux aspects de la vie. 

Propos recueillis par Julie Clair-Robelet

ATD Quart Monde

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