Marie-Odile Bretagnol, engagée auprès des familles Roms

Je suis engagée auprès de familles Roms depuis peut être maintenant 6 ans, quand les premiers groupes se sont installées à Rungis, constituant un bidonville qui a rassemblé jusqu’à 200 personnes. Le Pape nous a appelés à « aller aux périphéries ». Or, on n’entend que crainte, rejets, clichés répétés.  J’apprendrai par la suite que ce peuple ne connait que le rejet et l’exclusion, depuis 1000 ans peut être, et que par leur culture, ils refusent le principe de privatiser un morceau de notre terre qui pour eux appartient à toute la création.

Six années à leur côté, avec une petite équipe, pour répondre aux besoins de scolarisation, de soins, de domiciliation, d’accès aux droits qui leur permettront d’avancer …  Partager des fêtes de famille, des anniversaires d’enfants, sans cadeaux, mais simplement la joie d’être ensemble, autour de celui qu’on fête ! Belles leçons de simplicité et de riches sentiments partagés.

Puis, témoins engagés, vivre avec eux l’exclusion que certains subissent pour la 2ème, 3ème, peut être la 4ème fois, détruisant à chaque fois les démarches engagées, les tentatives d’insertion, les débuts de scolarisation…  Pas un mot, pas un cri, pas un geste d’agressivité devant un déploiement de forces qui nous fait mal ! On voudrait comprendre : résignation ? passivité ? accoutumance à une sorte de fatalité ? Je ne sais mais une idée s’installe : notre société marche sur la tête avec ces expulsions onéreuses, aux résultats si désastreux.

  •  « On ne choisit pas son prochain ».
  • « Si tu donnes un poisson à un homme, il mangera un jour. Si tu lui apprends à pêcher, il mangera toujours »
  •  « Ce que vous avez fait au plus petit d’entre les miens, c’est à moi que vous l’avez fait … »

Même si ces phrases habitent mon cœur, cela n’empêche pas le doute, la fatigue, la lassitude de s’installer parfois, quand on voit, après un stage qualifiant qu’il a gagné de haute lutte, un père de famille renoncer à l’emploi qui y fait suite. Choisit-il de vivre proche de siens, sans avoir à subir la régularité des rythmes de notre société ? Des questions restent sans réponse… Ou quand pour la 3ème fois nous nous retrouvons à leurs cotés au tribunal pour défendre le droit à un toit, à un habitat décent… : le respect de droits élémentaires toujours bafoués.

J’ai appris beaucoup à leur contact ; des liens de confiance se sont créés ; le partage de leurs valeurs de la vie et de la famille, tels que la solidarité, l’aide et la défense des plus fragiles au sein de leur communauté nous sont souvent de belles leçons.

Alors, oui, avec vous « Compagnons d’humanité, faisons route ensemble »

Témoignage de Marie-Odile Bretagnol diocèse de Créteil 2019)

 

 

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