Rendez-vous au jardin du Saint-Esprit

Au-delà de l’apprentissage du travail de la terre et du plaisir de la récolte, le nouveau jardin partagé à Poligny, dans le diocèse de Saint-Claude, offre aux personnes en précarité un lieu d’échange et de paix. En devenant jardinier, chacun grandit en humanité. 

“ Le principe du jardin partagé : c’est de réunir des gens de différents horizons, travailler la terre, faire pousser des légumes, participer à l’entretien des parties communes. Ce qui m’apporte le plus ? Être au contact de la nature et aider les autres ”, lance François, un des bénéficiaires du jardin partagé à Poligny (Jura). L’initiative est née, début 2020, d’une dynamique entre le Secours catholique local, l’association Solidarité paysans Jura (RESA 39) et l’Ogec du groupe scolaire Saint-Louis Notre-Dame, propriétaire du terrain de 2500 m2 mis à disposition. Actuellement douze familles, accompagnées par quelques bénévoles, disposent chacune d’une parcelle du jardin.

D’autres jardins partagés étaient auparavant gérés à Poligny par l’association Solidarité paysans à la demande du Conseil départemental. Mais par deux fois, il a fallu changer de lieux, les terrains n’étant plus disponibles. C’est Benjamin Gaillard, animateur du Secours catholique pour le Jura-Nord et responsable diocésain de la pastorale des migrants qui a eu l’idée de ce nouveau jardin, idéalement situé entre la vieille ville et les quartiers populaires, jouxtant la maison diocésaine. L’ancien jardin de la congrégation des Filles du Saint-Esprit en a conservé le nom : le jardin du Saint-Esprit ! En mai dernier, à la faveur des beaux jours et du déconfinement, il a accueilli les premiers jardiniers.

Effort et réconfort

“ (…) Tout est lié. Il faut donc une préoccupation pour l’environnement unie à un amour sincère envers les êtres humains, et à un engagement constant pour les problèmes de la société. ” (Laudato si’ §91) Tout un travail de défrichage a été réalisé par l’équipe de bénévoles, aidée par une jument ! Puis les familles bénéficiaires, déjà engagées avec Solidarité paysans, identifiées par le Secours catholique, ou migrantes se sont vues confiées leurs parcelles. Pour cette première saison, les plants ont été offerts. Une partie du terrain reste disponible pour d’autres cultures communes et le partage des récoltes : essentiellement des pommes de terres, tomates, oignons, betteraves, cette année. À charge pour chacun de participer également à l’entretien des allées et des murs, ainsi que pour ceux qui le souhaitent à la rénovation d’une ancienne serre. La majeure partie des besoins en arrosage est assurée par trois citernes de récupération des eaux de pluie. Dans la remise, on trouve les outils, mais aussi des chaises et tables de jardin. “Ce jardin rime avec partage. Partage du terrain, des savoir-faire, des cultures. C’est aussi un lieu de rencontre et de convivialité. Une belle expérience”, assure Bertane Poitou, en charge de la communication du Secours catholique local.

De nombreux bénéficiaires en témoignent, le jardin permet de rompre l’isolement et la solitude. “J’aime venir ici, voir du monde et parler avec d’autres”, indique Nelly. Il y a de la joie dans les mots de François, heureux de faire la connaissance d’autres personnes qu’il n’aurait pas connues autrement, et de les encourager quand les bénévoles ne sont pas là. Des échanges simples qui permettent aussi à Salomon de progresser dans l’apprentissage du français. Quant à Patricia, elle souligne : “C’est un endroit paisible, on peut venir même quand on n’a pas grand-chose à faire au jardin. J’espère que l’on va se voir davantage et faire plus connaissance”. Bien entendu, la récolte des légumes bio et gratuits du fait du travail de la terre sont une grande satisfaction pour tous ! Mais aujourd’hui, l’heure est au nettoyage du jardin, à l’arrachage de plants de tomate qui ne donnent plus et que l’on met au compost. Les graines sont récupérées. Celles des œillets d’Inde par exemple, qui éloignent les limaces et donnent la joie d’un jardin fleuri. L’an prochain : pas de plants, mais des semis ! “Nous visons une forme d’autonomie pour que chacun retrouve sa dignité. Nous nous inscrivons pleinement dans la démarche de l’encyclique Laudato Si’ et la notion d’écologie intégrale”, souligne Bertane Poitou.

Écologie et diaconie

“Tout est lié, et, comme êtres humains, nous sommes tous unis comme des frères et des sœurs dans un merveilleux pèlerinage, entrelacés par l’amour que Dieu porte à chacune de ses créatures et qui nous unit aussi, avec une tendre affection, à frère soleil, à sœur lune, à sœur rivière et à mère terre. ” (Laudato si’ §92) Dans ce jardin d’aide à la réinsertion, les bénévoles aussi reçoivent beaucoup. “C’est étonnant de voir la façon de retourner la terre de certains migrants. Et aussi de voir pousser des plantes tropicales ! C’est gratifiant de partager mes compétences et très riche de rencontrer ces personnes autrement qu’en se méfiant de la différence. Je suis heureux de voir que la solidarité se vit entre eux de mieux en mieux. Ça fait plaisir de voir des gens qui désirent s’en sortir. C’est stimulant de voir qu’ils comptent sur moi, comme ça les aide sûrement de savoir que je compte aussi sur eux”, confie Guy, agriculteur à la retraite.

Les projets à venir sont nombreux.

Celui d’une bénédiction du jardin et de ses acteurs par le nouvel évêque de Saint-Claude, dès qu’il sera nommé ! L’équipe recherche aussi une statue de saint François d’Assise, saint patron de l’écologie, pour orner la niche d’un mur, manifester cette présence d’Église. Les enfants du groupe scolaire devraient également cultiver une parcelle. Et une autre devrait être confiée à une famille irakienne qui vient tout juste d’arriver à Poligny dans le cadre des couloirs humanitaires. Un bénéficiaire Syrien s’est déjà proposé pour retourner leur terrain. Enfin, l’équipe a dans l’idée de mettre en place un atelier de cuisine pour apprendre aux personnes migrantes comment préparer les produits d’ici et éviter le gâchis.

L’investissement de chacun, malgré toutes les difficultés personnelles ou conjoncturelles, est porté par la prière des Filles du Saint-Esprit, toujours présentes. Bertane Poitou de souligner : “Le climat de bienveillance et de conseil développé au sein du jardin du Saint-Esprit permet sans doute à certains participants de ressentir la nature comme lieu de rendez-vous avec le Seigneur. Notre volonté est de rendre visible le service du frère”.

Par Florence de Maistre.

Source :" Tout est lié "

En savoir plus : https://www.eglisejura.com

 

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