Une marche vers l’emploi

C'est le but de ces Ateliers Chantiers d’Insertion de proposer aux personnes très éloignées de l’emploi, une activité rémunérée dans divers domaines (espaces verts, cuisine, restauration du bâti, etc.),

mais surtout un accompagnement professionnel et social pour lever tous les freins personnels qui les empêchent d’avancer.

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Église Saint-Pons à Collobrières, dans le Var.

Le mistral souffle fort. Les yeux plissés pour éviter la poussière, Kenny, 18 ans, confie : « En 2019, j’étais en terminale, mais je n’en pouvais plus de l’école. J’ai commencé à décrocher en cours et dans ma tête. » Kenny enchaîne les petits boulots, puis grâce à la mission locale, est orienté vers l’atelier chantier d’insertion (ACI) La Pierre d’angle, à Collobrières, spécialisé dans la restauration de bâti (ACI présent également à Saint-Maximin, dans l'Oise). « Franchement, je suis content d’être là. C’était pour moi le meilleur choix à faire. Sur un beau chantier, la restauration de l’église, j’apprends la maçonnerie, j’acquiers des compétences, je commence à me débrouiller et je trouve ça super intéressant. »
Le jeune homme réfléchit à son avenir comme animateur ou éducateur sportif, pense à s’inscrire pour passer son permis, épaulé par Mélissa, sa chargée d’insertion. La jeune femme suit pas à pas tous ses progrès et l’aide dans ses démarches, les organismes à contacter, les dossiers à monter, l’encourageant en permanence.
« Ici, explique Gérard Mahé, directeur du centre de formation continue du Var et responsable de La Pierre d’angle, nous accueillons beaucoup de jeunes sans qualification, sans grand espoir. Parfois mis à la porte de chez eux. L’objectif est avant tout de restaurer des hommes et des femmes, avant de restaurer des bâtiments ! Nous les remettons dans une dynamique grâce au travail sur du patrimoine, qui est très valorisant. »

Comme Kenny, ils sont nombreux, jeunes ou moins jeunes, à s’être petit à petit éloignés du monde du travail. Accidents de la vie, manque de qualification, chercheurs d’emploi de longue durée. Chaque mois qui passe entame un peu plus leur confiance dans leur capacité à rebondir.
« Apprentis d’Auteuil dispose de dix ACI , explique Martin Thiébaut, directeur général délégué d’Auteuil Insertion. Ils complètent nos dispositifs d’insertion par l’activité économique, dont font également partie nos cinq entreprises d’insertion. L’atout, c’est leur souplesse, pour des personnes aux parcours de vie très heurtés. L’activité professionnelle est un prétexte pour reprendre pied dans tous les domaines. Les horaires sont adaptés, car les personnes ne sont en général pas assez matures et aguerries pour conclure d’emblée des contrats de travail de 35 heures par semaine. »

Un accompagnement socioprofessionnel au plus près du salarié

Après un entretien pour évaluer la motivation, le candidat signe un contrat à durée déterminée d’insertion d’une durée de quatre mois renouvelables, jusqu’à 24 mois maximum. Il touche un salaire avec une rémunération horaire au smic.
Si l’apprentissage de gestes professionnels et la régularité sont des points essentiels du parcours, l’accompagnement socioprofessionnel, fait d’entretiens individuels et d’ateliers collectifs, est une des clés du dispositif.
C’est ce qu’explique Gérald, 33 ans, salarié aux Jardins de l’Espérance, à la Martinique, spécialisés dans la production de plantes aromatiques, médicinales et tropicales. « On acquiert des compétences techniques sur le terrain, et grâce aux ateliers, le savoir-être pour avoir le bon comportement en entreprise, l’aide pour les démarches administratives : CMU, CAF... Le chantier d’insertion m’a appris beaucoup de choses et me motive pour trouver un emploi fixe. »
L’horticulture est là aussi une porte d’entrée vers l’insertion. Marcel Albeny, le coordinateur, complète : « Notre but est de combattre la pauvreté dans une société martiniquaise fortement touchée par le chômage. Des ateliers sont également dédiés à l’accompagnement psychologique des personnes les plus fragiles, à la recherche d’un emploi ou d’une formation, mais aussi au bien-être et aux bonnes pratiques alimentaires. »

Le sur-mesure, construit avec le salarié, est de rigueur. Pour ces personnes à l’estime de soi fragile, le succès passe par un soutien sans faille. « En accueillant des candidats, nous nous posons toujours cette question : à qui pourrons-nous apporter le plus ? souligne Virginie Barreteau, directrice de l’ACI Le Potager de Saint-Julien, près de Nantes, spécialisé dans le maraîchage. Au départ, il nous faut cerner la personne, comprendre pourquoi elle ne trouve pas d’emploi. Nous listons les problèmes, ceux à résoudre dans l’urgence, puis les autres : logement, mobilité, addictions, etc. en lien avec des associations partenaires. Nous fixons avec chacun un contrat d’objectifs, des grands et des petits, que nous évaluons ensemble. »

Lever les freins à l'insertion

Avec ses quatre hectares dévolus à la culture de légumes et de fruits rouges bio, ses 14 salariés en insertion, Le Potager de Saint-Julien produit entre autres une centaine de paniers par semaine destinés aux particuliers, épaulé par des bénévoles fidèles. Après plusieurs échecs d’orientation, Marie-Anne, 22 ans, reprend confiance : « Quand je suis arrivée ici, je cherchais n’importe quel travail. J’étais dans une grosse période de remise en question. Maintenant, je travaille, je vois du monde. Ça m’a redonné énormément de confiance, car j’étais devenue très timide et réservée. Cela m’a rendue plus autonome aussi. Mon salaire me permet de me payer un loyer. Le Potager m’a permis de croire à nouveau au projet que j’avais dans un coin de ma tête : travailler dans la sécurité incendie. On m’avait toujours dit que ce n’était pas pour les filles ! J’ai vu que c’était possible. »
Réussir à insérer les personnes en l’espace de deux ans maximum tient parfois de la gageure, au vu de leurs difficultés personnelles. « Il peut y avoir échec quand les freins sont trop importants, les addictions par exemple souligne Virginie Barreteau. Mais même en cas d’échec, il y a toujours du positif. Les personnes ont acquis des compétences, ont expérimenté de la bienveillance, ont eu droit à l’erreur, ce qui est au cœur du projet éducatif d’Apprentis d’Auteuil. »
Gérald, lui, a trouvé sa voie. « Je vivais du RSA. Aujourd’hui, j’ai un travail, un salaire. Le plus important pour moi maintenant, c’est de trouver un emploi dans les espaces verts pour pouvoir m’insérer et me construire un avenir. »

Les différents chantier d'insertion des Apprentis d'Auteuil

Source  : Apprentis d'Auteuil

 

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