C’est quoi le contraire du travail ?

28/04/2017

Chaque année, à l'automne, le Réseau Saint Laurent* organise une session de théologie pastorale à Nevers consacrée à l'expérience de foi des pauvres et à la diaconie. En 2016, les groupes de personnes ont partagé et réfléchi autour du thème du travail. Retrouvez ci-dessous le troisième extrait de ce texte de paroles.

 

Pour moi, l’opposé du travail c’est l’inactivité, la solitude, rester isolé dans sa chambre, pas prendre contact avec les autres personnes et se laisser aller.

Pour moi, c’est la pauvreté et le désespoir. Quand on n’a pas de travail, faut bien qu’on mange et qu’on se fasse aider. On attend des heures pour prouver avec plein de papiers qu’on ne gagne pas de sous. J’ai mon fils à la maison, comme il ne trouve pas de travail, il dort. Et là c’est le désespoir. Il a bientôt 30 ans, c’est pas une vie que de dormir !  Il s’est fait jeter plusieurs fois. Il a fait plein de boulots de merde et puis des fois le boulot lui a coûté plus cher quand il prenait le train que ce qu’il ramenait à la maison.

Le contraire du travail c’est se sentir rabaissé, rejeté, au fond d’un trou où on ne se relève pas. Quand on arrive aux restos du cœur, il faut faire la queue. On a une tête pas possible. On regarde les autres, les autres vous regardent. Je pleure dans mon cœur.

Alors moi, le contraire du travail, c’est la léthargie. Depuis 3 ans je suis très fatiguée. Je suis pas capable de travailler, j’espère justement m’y remettre pour me revaloriser en ayant un petit peu d’argent, pour me motiver.

Le contraire du travail c’est le noir, en fait c’est toi-même. Quand tu ne travailles pas, tes démons reviennent et tu es coupée du monde, tu t’enfonces. Le travail ça te permet de t’accrocher, de survivre. Tu t’accroches parce que t’es obligé de le faire.

Pour moi, le contraire du travail, c’était le manque des contacts avec mes camarades de travail. Quand j’ai pris ma retraite, que je ne pouvais pas supporter de ne plus partir travailler. Je me sentais abandonnée des autres. Je ne pouvais plus bouger de la maison.

On oppose souvent travailler et élever les enfants. Pour moi le plus beau travail, en tant que femme c’est d’avoir eu mes enfants et de m’en être occupé. On fait grandir nos enfants, on veille à leurs études, on veille sur eux. Et quand on ne peut pas le faire, c’est une grande souffrance pour une maman. Quand une femme accouche on dit que le travail commence. C’est le même mot. C’est pour bâtir une belle famille qui s’entend bien. Et c’est une belle mission que Dieu nous donne pour nous les femmes de mettre au monde des enfants. Je me reconnais beaucoup en Marie parce que c’est un combat de tous les jours d’élever des enfants.

Oui, mère au foyer, c’est un travail, mais quand tu te trouves seule avec ton enfant et que tu n’as pas de mari, il faut quand même que tu travailles aussi.

Je me suis retrouvé seul avec mes 3 enfants. Ils avaient 5 ans, la dernière avait 1 an ½. C’était une grande joie de les avoir élevés. C’est un tas de petits bonheurs de chaque jour. J’ai eu la chance d’avoir été aidé par certaines associations, aussi travailleuses familiales. Mais moi, ça a été un moment merveilleux. Mon fils, maintenant qu’il est papa, il a un autre regard et une autre façon de me voir aussi.

Ont participé à l’élaboration de ce texte

  • Jean-Claude Caillaux : animateur
  • Paule Farabollini : enregistrement et décryptage
  • Groupe Sainte Claire de la Riche /Yon :
    • Lionel
    • Jacques
    • Gilles
    • Chantal
    • Michael
  • Groupe de Chemin d’Espoir :
    • Christian
    • Sylvie
    • Michelle
    • Marie-Renée
  • Groupe de la Pierre d’Angle de la Flèche :
    • Chantal
    • Lydie
    • Isabelle
    • Valérie
  • Groupe de la fraternité St Martin :
    • Fabiola
    • Dominique
    • Jeannette
    • Bernadette

* Le réseau Saint Laurent met en relation des groupes chrétiens diversifiés qui partagent en Eglise un chemin de fraternité et de foi avec et à partir de personnes vivant des situations de grandes pauvreté et d'exclusion sociale.

Retrouvez le texte de Nevers sur le travail en intégralité ici, le premier extrait ("Quand j'entends le mot travail, ça me fait penser à quoi ?") et le deuxième extrait ("Pourquoi le travail c'est si important ?), le quatrième extrait ("Est-ce qu'il y a une différence entre le travail et le service ?"), le cinquième extrait ("Est-ce que Dieu veut que nous travaillions, hommes et femmes ?"), la relecture de Laudato si' et la relecture de ces textes par la théologienne Clémence Rouvier.

Vous trouverez également une relecture théologique du texte sur le travail par Etienne Grieu et Dominique Fontaine.

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