Augusto et Mamadou s’expriment sur leur expérience de migrants

19/12/2016

Augusto

Je suis arrivé en France en 1991 et je suis encore à la rue. Près de 25 ans… Pour le deuxième hiver consécutif, je suis hébergé la nuit par la paroisse St Bernard de la Chapelle, de 19h00 à 8h30.

Ma mère est de Kinshasa, mon père d’Angola ; ils sont morts. J’ai été élevé par un cousin. J’ai passé mon bac à Kinshasa, je suis allé en Angola pour chercher la famille de mon père. J’en suis parti à cause de la guerre. Maintenant, je n’ai plus aucun contact avec ma famille là-bas. Ils ont tous disparu.

Je suis d’abord arrivé en France, à la campagne, je travaillais comme ça dans une ferme, vers Châteaudun. J’ai quitté et je suis venu à Paris pour relancer la demande d’asile. La maison où j’habitais a brûlé avec tous mes papiers dedans. J’ai le papier de l’assurance mais ça ne suffit pas pour faire avancer mon dossier. J’espère des papiers ; même la Cimade est limitée ; ça ne sert à rien. Je ne rentre pas dans les pathologies, dans les cases. On me demande beaucoup parce que je suis dans une situation de faiblesse.

Je suis bénévole à l’accueil solidarité réfugiés de la paroisse. Je veux prendre soin de ceux qui ont aussi des difficultés ; je prépare le petit déjeuner, je nettoie. Quand il y avait des Érythréens qui vivaient sous le pont, j’allais avec la sœur pour leur donner de la nourriture. Je suis pratiquant, je prie beaucoup. Je passe mon temps à la paroisse ; ils m’ont repéré et m’ont confié des responsabilités. L’an dernier, une bénévole a eu pitié de moi et m’a payé une colocation après l’hiver.

Je prie le Bon Dieu de ne pas tomber dans l’alcool et les cigarettes. Je fuis les mauvaises compagnies. Les journées sont longues, surtout pendant l’hiver. Pour tenir, j’ai appris surtout à laisser le négatif pour me concentrer sur le positif. Il faut toujours positiver.

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Mamadou

Ça fait 5 ans que je suis en France et si j’avais su, je ne serais jamais venu. J’avais un travail de marchand ambulant au Sénégal, ma femme voulait venir en France, elle est venue et je l’ai suivie. J’ai dépensé tout mon argent pour venir, j’ai perdu ma famille au pays…

On a eu un fils, mais maintenant, je suis séparé de ma femme ; elle m’a trompé et elle m’a fait sortir de la maison. Je suis dehors, à droite, à gauche ; c’est pas facile. Je travaille au noir de temps en temps. J’attends pour les papiers du divorce. La préfecture a appelé ma femme et la dame de la préfecture a été complice avec elle. Même son avocat a été complice et m’a triché. J’ai été jugé sans jugement, je ne sais plus rien du tribunal. Mes problèmes ont augmenté, avec les papiers, l’argent...

Je veux voir mon fils. En ce moment, je ne peux pas le voir, je veux le voir. C’est ça qui me fait tenir. Je dois trouver un autre avocat. Je veux porter plainte, je n’ai fait aucune faute. Je n’ai que des problèmes. Parfois quelqu’un de ma famille qui habite à Nice m’aide un peu, un copain aussi. Je vais aussi à l’accueil St Bernard et à d’autres accueils pour la douche ou pour manger.

Je ne peux pas repartir, je n’ai plus envoyé d’argent depuis plus d’un an. J’ai tout perdu. Mon dossier est bloqué. Cinq ans de galère. Je ne suis pas croyant.

© Crédits photo : Fondation Jean Rodhain

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