Des fraternités de la Pierre d'Angle réfléchissent pour apporter leur petite pierre au débat national national.

Pierre d'Angle

 

Réponses à l’appel du Conseil permanent de l’épiscopat par des fraternités de La Pierre d’Angle

Le texte qui suit n’est pas une réécriture à partir d’échanges dans les fraternités mais la compilation de certains points forts ou récurrents. Nous avons gardé l’aspect « fragments » non structurés, pour ne pas introduire une autre logique que celle des participants aux rencontres.

Nous sommes des groupes qui se réunissent une fois par mois pour partager l’Évangile, prier et nous soutenir dans la vie fraternelle. (La charte est disponible sur le site Internet http://www.lapierredangle.eu/ )

Parmi nous beaucoup de personnes vivent dans la précarité et certains d’entre nous dans la grande pauvreté. Aujourd’hui à l’invitation du Président de la République et des évêques, nous réfléchissons à partir de l’actualité pour apporter notre petite pierre au débat national. Notre pays traverse des temps de violence et de contestation depuis quelques semaines. Nous sommes tous participants à la vie du pays. Il n’y a pas que les hommes politiques qui sont acteurs du bien commun. Même ceux qui ont la vie difficile sont acteurs de la vie du pays où ils vivent. Les chrétiens ne sont pas en dehors du monde. « Vous êtes le sel de la terre, la lumière du monde », nous dit Jésus, et pas seulement de l’Église. Le Royaume de Dieu n’a pas de frontières, il s’étend à toute la terre. Les évêques ont pensé que les chrétiens doivent dire ce qu’ils pensent. On n’a pas les éléments pour tout comprendre, mais on a des aspirations. L’Évangile nous appelle à participer à la construction d’une société en paix, juste et fraternelle et la Pierre d’Angle peut apporter sa petite contribution.

Nous commençons par lire et méditer la Première lettre de Saint Pierre (3, 8-11), puis nous réfléchissons à partir des questions suivantes.

Qu’est-ce qui m’inquiète, qu’est ce qui me fait peur ? Qu’est ce qui me donne de l’espérance ?

- Tout en étant acteur, je marche seul. Je n’ai pas besoin de radio pour savoir ce qui se passe. Je vois les gens et je fais attention aux autres. Je marche seul, acteur et observateur.

- Ce qui donne l’espérance, c’est obéir et mettre en pratique ce que dit Saint Pierre dans sa lettre : ne pas rendre le mal pour le mal. Avec cela on peut espérer car le Seigneur regarde les justes.

- J’ai peur pour l’avenir de mes enfants. Les jeunes sont perdus, ils ne voient pas le bon exemple. Il y a la violence depuis des années. Quel avenir pour les jeunes ? Il n’y a pas de travail pour eux. Trouver du travail aujourd’hui, c’est dur, très dur. Pour nos enfants, on a toujours peur. Mais quand on entre dans l’Évangile, on reçoit l’espérance.

- J’ai une longue attente de la justice. J’ai l’impression d’avoir un mauvais destin, c’est pour cela que j’ai besoin d’espace.

- Le dérèglement du climat a de graves répercussions. Les gens pensent d’abord à leur bien-être et oublient les conséquences sur la planète. Quel monde on va laisser à nos enfants ?

- La guerre qu’il y a en Afrique et partout m’inquiète beaucoup, et la situation des migrants aussi, qu’est-ce qu’ils vont devenir ?

- Ce qui est difficile dans la vie, c’est le pardon.

- Ce qui m’inquiète, ce sont les gens à la rue. On a du mal à regarder les SDF, même moi qui ait été SDF. Ils ne demandent pas seulement de l’argent, mais des paroles de réconfort.

- Ce qui m’inquiète, c’est la banalisation de l’injustice et la corruption étatique.

- Trop de gens sont mal jugés et cela m’inquiète.

- Moi, j’ai peur des gens qui nous ignorent. Je me demande comment je vais vivre mon avenir ? La vie est dure, la solitude est dure. J’ai peur de la solitude.

- Les difficultés financières rendent la vie de la famille difficile. Avec un mari qui ne travaille pas, l’ambiance est tendue. Toute la famille est en danger. On a du mal à se parler et on se méfie des autres. Quand on a peur des autres, on s’enferme. Les plus démunis se calfeutrent dans le silence. On a honte.

- Le manque de logements est une grande injustice.

Les conditions de travail sont aussi parfois injustes. Pour certains c’est difficile d’avoir un travail.

- J’ai peur que la France se retourne et que tout se « déglingue ». On ne sait pas où on va. Des gens sont déprimés dans l’abondance. Où est la porte de sortie ?

- La société devient individualiste. C’est : chacun pour soi et Dieu pour tous. On a tous peur pour demain, alors on ne partage pas. On est un peuple pessimiste, même si en fait on a plus que les autres.

Quelles seraient les conditions pour que la société soit plus juste et plus fraternelle ?

- L’Église doit être lumière du monde, il faut qu’elle donne le bon exemple. Les gens qui vont à l’église doivent sourire, c’est plus attirant et ça fait du bien. Il faudrait essayer de s’approcher des gens qui souffrent, leur sourire et participer à leur souffrance pour leur donner l’espoir.

- J’ai aidé une femme avec sa poussette dans le bus. Mon geste cela lui a fait du bien, et à moi aussi. Elle avait besoin de parler. On ressent qu’il y a des gens très humains partout dans la rue, j’en suis toujours étonné.

- C’est important de se rencontrer, de se connaître. Comment aider les gens à ne pas rester seuls ?

- Il faut avoir la paix en soi-même pour éviter la violence et la peur. Si on se sent bien avec soi-même, ça va mieux dans le contact avec les autres. Comment défendre la paix, si on ne va pas au-devant de l’autre, si on ne va pas le chercher ? Tout le monde a une place sur cette terre et doit vivre dignement pour pouvoir accomplir ses possibilités. Il faudrait que les gens pauvres soient aussi respectés que les autres.

- On peut avoir plein de petits gestes les uns pour les autres : tenir une porte, dire bonjour, prendre le temps de se rencontrer avec les voisins. Il faut aussi apprendre à garder son sang froid et son calme même quand on est énervé. Il ne faut pas répondre à la violence par la violence.

- Il faudrait démocratiser l’administration et veiller à ce que les décideurs soient moins égoïstes. Ceux qui nous gouvernent ne font pas assez d’effort.

- Je voudrais qu’il y ait plus de justice. Et que l’Église soit plus en Christ, qu’elle soit plus authentique. Des gens disent : « Je veux bien croire en Dieu mais je ne veux pas entrer dans une église » parce qu’ils ne voient pas une Église authentique.

- Il faut se réunir entre chrétiens pour avoir de bonnes idées, faire des réunions de partage et de prière comme nous à la Pierre d’Angle.

- Il ne faut pas juger sinon on se ferme, on crée une barrière. On n’est pas à la place de l’autre pour le juger. Il faut être généreux et humble, cela ouvre à la compassion.

- Il ne faut pas banaliser, on ne peut pas rester indifférent aux gens qui sont au bord du chemin. Des gens disent : « C’est normal qu’il y ait des gens au bord de la route » et on dit que c’est à l’État de le faire, mais on peut agir nous aussi. Chacun doit faire ce qu’il peut.

- C’est important qu’il y ait des lieux de rencontre pour échanger ce qu’on vit, pour prier et s’ouvrir. On peut inviter les gens à l’église pour qu’ils puissent partager et prier.

- Ceux qui croient en Dieu ont l’humilité par leurs gestes simples. Ils vont vers les autres. Pour moi c’est cela croire en Dieu, par des petits gestes et avec le cœur.

- Et si on prenait le temps de s’écouter et de se parler vraiment, cela irait mieux. On vit chacun chez soi. On pourrait inviter les voisins chez soi, créer une fraternité avec les gens qui sont à côté de nous. Il faut aussi parler avec les enfants. J’essaie déjà que ma famille, mes enfants soient unis entre eux, qu’ils ne deviennent pas des étrangers. Et c’est ma foi en Jésus qui m’aide. C’est grâce à ma foi en Dieu que je pense que je veux ça.

- Moi, je voudrais que la parole de n’importe quel individu soit écoutée, qu’elle ait un poids pour qu’on arrive à un résultat bon pour tout le monde. Je voudrais moi, que le monde soit heureux.

- La reconnaissance, c’est un lien d’amitié. Être reconnu c’est être connu, ça s’acquiert aux petits moments qu’on vit ensemble. Dans un cadre comme celui-ci on bénéficie de la reconnaissance et de l’échange social. La fraternité existe dans un respect des règles entre les gens. Nos difficultés nous relient. Ça a du sens de pouvoir exprimer ce qu’il y a de bien en nous, même modestement. Dans le contexte spirituel, on peut réfléchir en passant par Dieu : Qu’est-ce qu’Il voudrait que je fasse ?

Janvier-février 2019

Fraternités de La Pierre d’Angle de Beuvry, Boulogne-sur-Mer, Chalon-sur-Saône, La Flèche, Lyon, Mâcon, Metz Woippy, Metz AJR, Metz prison des hommes, Paris, Rennes.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Réponses à l’appel du Conseil permanent de l’épiscopat par des fraternités de La Pierre d’Angle

     

 

Le texte qui suit n’est pas une réécriture à partir d’échanges dans les fraternités mais la compilation de certains points forts ou récurrents. Nous avons gardé l’aspect « fragments » non structurés, pour ne pas introduire une autre logique que celle des participants aux rencontres.

 

Nous sommes des groupes qui se réunissent une fois par mois pour partager l’Évangile, prier et nous soutenir dans la vie fraternelle. (La charte est disponible sur le site Internet http://www.lapierredangle.eu/ )

Parmi nous beaucoup de personnes vivent dans la précarité et certains d’entre nous dans la grande pauvreté. Aujourd’hui à l’invitation du Président de la République et des évêques, nous réfléchissons à partir de l’actualité pour apporter notre petite pierre au débat national. Notre pays traverse des temps de violence et de contestation depuis quelques semaines. Nous sommes tous participants à la vie du pays. Il n’y a pas que les hommes politiques qui sont acteurs du bien commun. Même ceux qui ont la vie difficile sont acteurs de la vie du pays où ils vivent. Les chrétiens ne sont pas en dehors du monde. « Vous êtes le sel de la terre, la lumière du monde », nous dit Jésus, et pas seulement de l’Église. Le Royaume de Dieu n’a pas de frontières, il s’étend à toute la terre. Les évêques ont pensé que les chrétiens doivent dire ce qu’ils pensent. On n’a pas les éléments pour tout comprendre, mais on a des aspirations. L’Évangile nous appelle à participer à la construction d’une société en paix, juste et fraternelle et la Pierre d’Angle peut apporter sa petite contribution.

Nous commençons par lire et méditer la Première lettre de Saint Pierre (3, 8-11), puis nous réfléchissons à partir des questions suivantes.

 

Qu’est-ce qui m’inquiète, qu’est ce qui me fait peur ? Qu’est ce qui me donne de l’espérance ?

 

- Tout en étant acteur, je marche seul. Je n’ai pas besoin de radio pour savoir ce qui se passe. Je vois les gens et je fais attention aux autres. Je marche seul, acteur et observateur.

 

- Ce qui donne l’espérance, c’est obéir et mettre en pratique ce que dit Saint Pierre dans sa lettre : ne pas rendre le mal pour le mal. Avec cela on peut espérer car le Seigneur regarde les justes.

 

- J’ai peur pour l’avenir de mes enfants. Les jeunes sont perdus, ils ne voient pas le bon exemple. Il y a la violence depuis des années. Quel avenir pour les jeunes ? Il n’y a pas de travail pour eux. Trouver du travail aujourd’hui, c’est dur, très dur. Pour nos enfants, on a toujours peur. Mais quand on entre dans l’Évangile, on reçoit l’espérance.

 

- J’ai une longue attente de la justice. J’ai l’impression d’avoir un mauvais destin, c’est pour cela que j’ai besoin d’espace.

 

- Le dérèglement du climat a de graves répercussions. Les gens pensent d’abord à leur bien-être et oublient les conséquences sur la planète. Quel monde on va laisser à nos enfants ?

 

- La guerre qu’il y a en Afrique et partout m’inquiète beaucoup, et la situation des migrants aussi, qu’est-ce qu’ils vont devenir ?

 

- Ce qui est difficile dans la vie, c’est le pardon.

 

- Ce qui m’inquiète, ce sont les gens à la rue. On a du mal à regarder les SDF, même moi qui ait été SDF. Ils ne demandent pas seulement de l’argent, mais des paroles de réconfort.

 

- Ce qui m’inquiète, c’est la banalisation de l’injustice et la corruption étatique.

 

- Trop de gens sont mal jugés et cela m’inquiète.

 

- Moi, j’ai peur des gens qui nous ignorent. Je me demande comment je vais vivre mon avenir ? La vie est dure, la solitude est dure.

J’ai peur de la solitude.

 

- Les difficultés financières rendent la vie de la famille difficile. Avec un mari qui ne travaille pas, l’ambiance est tendue. Toute la famille est en danger. On a du mal à se parler et on se méfie des autres. Quand on a peur des autres, on s’enferme. Les plus démunis se calfeutrent dans le silence. On a honte.

 

- Le manque de logements est une grande injustice.

Les conditions de travail sont aussi parfois injustes. Pour certains c’est difficile d’avoir un travail.

- J’ai peur que la France se retourne et que tout se « déglingue ». On ne sait pas où on va. Des gens sont déprimés dans l’abondance. Où est la porte de sortie ?

- La société devient individualiste. C’est : chacun pour soi et Dieu pour tous. On a tous peur pour demain, alors on ne partage pas. On est un peuple pessimiste, même si en fait on a plus que les autres.

 

 

Quelles seraient les conditions pour que la société soit plus juste et plus fraternelle ?

 

- L’Église doit être lumière du monde, il faut qu’elle donne le bon exemple. Les gens qui vont à l’église doivent sourire, c’est plus attirant et ça fait du bien. Il faudrait essayer de s’approcher des gens qui souffrent, leur sourire et participer à leur souffrance pour leur donner l’espoir.

 

- J’ai aidé une femme avec sa poussette dans le bus. Mon geste cela lui a fait du bien, et à moi aussi. Elle avait besoin de parler. On ressent qu’il y a des gens très humains partout dans la rue, j’en suis toujours étonné.

 

- C’est important de se rencontrer, de se connaître. Comment aider les gens à ne pas rester seuls ?

 

- Il faut avoir la paix en soi-même pour éviter la violence et la peur. Si on se sent bien avec soi-même, ça va mieux dans le contact avec les autres.

Comment défendre la paix, si on ne va pas au-devant de l’autre, si on ne va pas le chercher ? Tout le monde a une place sur cette terre et doit vivre dignement pour pouvoir accomplir ses possibilités. Il faudrait que les gens pauvres soient aussi respectés que les autres.

 

- On peut avoir plein de petits gestes les uns pour les autres : tenir une porte, dire bonjour, prendre le temps de se rencontrer avec les voisins. Il faut aussi apprendre à garder son sang froid et son calme même quand on est énervé. Il ne faut pas répondre à la violence par la violence.

 

- Il faudrait démocratiser l’administration et veiller à ce que les décideurs soient moins égoïstes. Ceux qui nous gouvernent ne font pas assez d’effort.

 

- Je voudrais qu’il y ait plus de justice. Et que l’Église soit plus en Christ, qu’elle soit plus authentique. Des gens disent : « Je veux bien croire en Dieu mais je ne veux pas entrer dans une église » parce qu’ils ne voient pas une Église authentique.

 

- Il faut se réunir entre chrétiens pour avoir de bonnes idées, faire des réunions de partage et de prière comme nous à la Pierre d’Angle.

 

- Il ne faut pas juger sinon on se ferme, on crée une barrière. On n’est pas à la place de l’autre pour le juger. Il faut être généreux et humble, cela ouvre à la compassion.

 

- Il ne faut pas banaliser, on ne peut pas rester indifférent aux gens qui sont au bord du chemin. Des gens disent : « C’est normal qu’il y ait des gens au bord de la route » et on dit que c’est à l’État de le faire, mais on peut agir nous aussi. Chacun doit faire ce qu’il peut.

 

- C’est important qu’il y ait des lieux de rencontre pour échanger ce qu’on vit, pour prier et s’ouvrir. On peut inviter les gens à l’église pour qu’ils puissent partager et prier.

 

- Ceux qui croient en Dieu ont l’humilité par leurs gestes simples. Ils vont vers les autres. Pour moi c’est cela croire en Dieu, par des petits gestes et avec le cœur.

 

- Et si on prenait le temps de s’écouter et de se parler vraiment, cela irait mieux. On vit chacun chez soi. On pourrait inviter les voisins chez soi, créer une fraternité avec les gens qui sont à côté de nous. Il faut aussi parler avec les enfants.

J’essaie déjà que ma famille, mes enfants soient unis entre eux, qu’ils ne deviennent pas des étrangers. Et c’est ma foi en Jésus qui m’aide. C’est grâce à ma foi en Dieu que je pense que je veux ça.

 

- Moi, je voudrais que la parole de n’importe quel individu soit écoutée, qu’elle ait un poids pour qu’on arrive à un résultat bon pour tout le monde. Je voudrais moi, que le monde soit heureux.

 

- La reconnaissance, c’est un lien d’amitié. Être reconnu c’est être connu, ça s’acquiert aux petits moments qu’on vit ensemble. Dans un cadre comme celui-ci on bénéficie de la reconnaissance et de l’échange social. La fraternité existe dans un respect des règles entre les gens. Nos difficultés nous relient. Ça a du sens de pouvoir exprimer ce qu’il y a de bien en nous, même modestement. Dans le contexte spirituel, on peut réfléchir en passant par Dieu : Qu’est-ce qu’Il voudrait que je fasse ?

 

Janvier-février 2019

 

Fraternités de La Pierre d’Angle de Beuvry, Boulogne-sur-Mer, Chalon-sur-Saône, La Flèche, Lyon, Mâcon, Metz Woippy, Metz AJR, Metz prison des hommes, Paris, Rennes.

 

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