Éric Prévost ou l’envie de renouer les fils de la vie

Pour reconstituer le fil de sa vie d’enfant et d’adolescent, il garde précieusement les archives retrouvées à Saint-Philippe à Meudon.

Pour le reste, l’orphelin, ancien fraiseur aujourd’hui retraité, se fie à sa mémoire. Et retient la camaraderie, la solidarité et la loyauté, autant de valeurs apprises à la fondation.

« Vous savez, dans ma vie, il y a des trous dans la raquette, prévient d’emblée Éric Prévost, ancien des établissements Sainte-Thérèse à Paris et Saint-Philippe à Meudon. Sans les documents retrouvés par Nathalie Girard, chargée du suivi des anciens à Saint-Philippe, je ne pourrais pas vous dire grand-chose. En début d’année, j’ai eu envie de me remémorer ma jeunesse. Delphine, ma nièce, a envoyé un mail à Nathalie en espérant en savoir plus sur mon histoire. Je suis ainsi revenu sur mes pas, sur ma vie. Bien que je sois né de père inconnu et d’une mère déchue de ses droits parentaux, je n’ai jamais rien lâché. J’ai tracé ma route et je suis toujours resté de nature optimiste. »

Un vrai Titi parisien

De ses années passées, présentes et à venir, Éric Prévost, 67 ans, parle sans détours, dans l’urgence et le bonheur de vivre. « Je suis né en août 1954 à la maternité de Port-Royal dans le XIVe arrondissement. Un vrai Titi parisien ! s’enthousiasme-t-il. Ma mère ne s’est jamais occupée de moi ni de Luc, mon frère cadet. Elle était très jeune, peut-être était-elle dépassée. Nous avons été élevés par mémé Louise, sa mère adoptive, dans un petit appartement du XIe arrondissement, jusqu’à son décès en 1963. Là, une autre personne est apparue dans notre vie et nous a pris sous son aile. Elle s’appelait Geneviève Clogenson. Je n’en sais pas plus. Notre mère été déchue de ses droits parentaux en 1965. »
Après les avoir fait baptiser, leur protectrice les confie à l’orphelinat des sœurs de Saint-Vincent-de-Paul. « À l’époque, on allait piquer des bonbons chez l’épicier, comme tous les enfants un peu sauvages. C’était le début des yéyés, des cheveux longs, Les élucubrations d’Antoine, le tube que je chantais... même si les sœurs n’aimaient pas ! »
En 1966, mademoiselle Clogenson inscrit Éric à Sainte-Thérèse pour qu’il y passe le certificat d’études primaires. « Pour l’ado que j’étais, Sainte-Thérèse, le parc, l’église, c’était énorme ! Je me souviens du pèlerinage que nous faisions en beau costume à Notre-Dame-des-Victoires, avec d’autres garçons d’Apprentis d’Auteuil venus de Meudon, du Vésinet et de Sannois. Nous vivions tous des histoires chaotiques, orphelins d’un ou des deux parents. Mais nous étions tous bons camarades, solidaires, loyaux. J’ai gardé ces valeurs tout au long de ma vie.
Et puis il y a eu les événements de Mai 68. Avec des potes, je faisais le mur pour aller voir ce qui se passait au Quartier latin. Je me suis fait coller plusieurs fois. Alors, moi qui aimais tant le français et la lecture, j’ai dû (pas assez sage m’a-t-on dit) renoncer à la formation d’imprimeur typographe dispensée à Sainte-Thérèse pour préparer le CAP fraiseur à Saint-Philippe, à Meudon, autrement dit fabriquer des pièces mécaniques. »
Éric obtient son diplôme en 1972, en quatre ans : il doit redoubler une année en raison d’un poignet cassé le jour de l’épreuve pratique. « Cela ne m’a pas embêté car, en classe, j’avais des professeurs qui me donnaient le goût de la découverte et de la recherche. En atelier, ils avaient exercé le métier et le connaissaient sur le bout des doigts. Et puis, avec les copains, on prenait la fille de l’air pour se marrer, juste pour se sentir libres. »

Le goût de la liberté

À 18 ans, grâce à une relation de sa protectrice, Éric Prévost trouve un premier emploi chez Aucouturier, une entreprise spécialisée dans la fabrication d’équipements d’emballage, de conditionnement et de pesage pour l’agroalimentaire à Nangis (77). Il y travaillera 31 ans, en changeant plusieurs fois de poste. « Je ne voulais pas rester planté derrière une machine toute ma vie. Commercial, j’ai bourlingué en Île-de-France, j’ai vu du pays ! Puis, on m’a confié la responsabilité de la sous-traitance jusqu’au dépôt de bilan en 2003. J’ai poursuivi chez Eurocri, un fournisseur d’équipements industriels jusqu’en 2015, date à laquelle j’ai terminé ma carrière professionnelle. »
Aujourd’hui retraité, père de Sébastien, 39 ans, et de David, 34 ans, Éric Prévost passe du bon temps à lire, nager, faire du vélo, se promener dans Paris, retrouver son fils ainé et sa belle-fille partis vivre et travailler en Irlande. « Si je pouvais, confie-t-il, je ferais le tour de la planète ! » Le goût de la liberté et de la découverte chevillé au cœur.

Source : Apprentis d'Auteuil

 

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