" J'ai peur de gagner moins "

0céane, 20 ans, a décroché l’été dernier un CDD de serveuse dans un restaurant de son village, dans le Doubs. Prolongée depuis en CDI, la fille de Sandra se retrouve au chômage partiel en raison du nouveau confinement.

Fin septembre, alors que nous retournions la voir à Liesle, dans le Doubs, où elle vit avec sa mère et son frère, Océane ne savait toujours pas si son CDD de serveuse, commencé début juillet pour trois mois allait être prolongé. Finalement elle apprenait quelques jours plus tard qu’il était transformé en CDI, à raison de 24 heures par semaine. « Je suis heureuse et soulagée, j’avais peur de me retrouver sans rien », témoignait-elle quand nous la rappelions pour la féliciter. La jeune femme espère alors que son contrat évoluera vers un temps complet de 35 heures au printemps 2021, pour gagner plus que les 800 € perçus avec son contrat à temps partiel. 

Heureusement que je n’ai pas encore de loyer à payer, sinon je n’y arriverais pas.

Océane espère retrouver rapidement son nouveau job qu’elle apprécie, elle qui avait auparavant suivi une formation dans les soins pour les chevaux. « Les contacts avec les clients me plaisent, j’aime leur glisser un petit mot gentil avant qu’ils passent à table », rapporte-t-elle. « J’ai eu des retours de clients : elle est souriante et ça se voit dans le regard, même avec le masque », renchérit Sandra, sa mère, les yeux pétillants de fierté.

Océane a été soulagée de trouver ce poste après le premier confinement pendant lequel, se souvient-elle, « l’argent sortait pour l’assurance de la voiture mais ne rentrait pas ». Elle profite de son nouveau salaire pour rembourser sa grand-mère qui lui avait avancé l’achat d’une voiture d’occasion à 700 €, indispensable à la campagne quand on veut être mobile. Océane participe aussi aux frais de la maison et donne 50 à 100 € à sa mère chaque mois pour financer l’eau, l’électricité et les charges. Ce petit billet est d’autant plus apprécié que Sandra ne perçoit plus d’aide de la CAF pour son aînée depuis que cette dernière a fêté ses 20 ans. Désormais, Océane va faire la demande de la prime d’activité pour compléter son salaire de 800€. « J’ai la chance d’être hébergée gratuitement alors c’est important de participer. D’autant plus que je sais que maman a des problèmes financiers », estime la jeune fille aux cheveux attachés en queue de cheval.

De temps en temps, quand mère et fille font une sortie ensemble, Océane paye sa part ou offre, par exemple, le dessert ou des kébabs, histoire de manger autre chose que le riz et les pâtes issus des colis alimentaires. Surtout, Océane profite de son salaire pour mettre de côté en cas d’imprévu, avec la voiture ou son chat par exemple, mais aussi pour pouvoir payer plus tard une caution pour un futur appartement.

Le logement autonome :

elle en rêve, mais attend pour cela d’être en CDI à 35 heures. « En attendant, elle n’est pas à la rue car je peux l’héberger », souligne Sandra. « J’ai de l’intimité car ma chambre est à l’étage, mais j’ai quand même hâte de partir », glisse de son côté Océane. Elle explique avoir déjà négocié avec sa mère qu’elle continuerait à l’aider au jardin en échange de quelques paniers de légumes.

A 16 heures en cet après-midi de septembre où nous lui rendons visite. Océane sort son matériel de gravure sur verre. C’est sa passion. Elle offre certaines de ses réalisations à des connaissances ou profite des marchés de Noël pour vendre ses œuvres. « Mais cette année, ça va être compliqué », anticipe déjà Sandra. Mère et fille racontent aussi que quand Océane est de repos, elles aiment se rendre ensemble à la SPA pour promener des chiens. Océane a grandi entourée d'animaux – chats, chiens, chevaux, poules – et elle adore ça. De temps en temps elle monte Warrick, l’étalon de la famille.

Entre job et loisirs, « ma vie se débloque bien », conclut la jeune fille, alors optimiste. Désormais, Océane croise les doigts pour la suite, espérant que le nouveau confinement ne va pas durer trop longtemps et que le coronavirus ne lui remettra pas des bâtons dans les roues.

 Cécile Leclerc-Laurent

Journaliste 

SCCF

Droits photos : Steven Wassenaar

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