Kévin Quélennec, le barbier de Belleville

19/03/2020

 

 

 

Rien ne prédisposait Kevin Quelennec, 31 ans, à devenir patron d’un barbier parisien. Et pourtant, après des années de galère, le jeune homme a endossé son rôle d’entrepreneur et les responsabilités qui en découlent avec ferveur. Tout en prenant du recul sur ses années d’adolescent meurtri, accueilli un temps au foyer Maximilien Kolbe de Boulogne (92).

Rue de Belleville à Paris, au cœur du 20e arrondissement. Un barbier au décor américain : au rez-de-chaussée, de vastes canapés Chesterfield ; à l’étage, une rangée de fauteuils devant lesquels s’activent les coiffeurs. C’est là que Kevin Quelennec a posé ses bagages.
Ce jeune patron de 31 ans est bien occupé. Il accueille les clients, gère les rendez-vous, s’assure que les commandes de son point relais sont bien arrivées... Calme et posé.
« Je suis né en France, mais j’ai grandi en Angleterre avec ma mère et mes petites sœurs, raconte-t-il. L’année de mes 13 ans, ma mère et moi sommes partis voir ma grand-mère en banlieue parisienne. Ma mère m’a déposé chez elle en me disant qu’elle allait revenir me prendre. Et elle n’est pas revenue. En fait, cela ne pas surpris tant que cela… »
Kevin est recueilli par sa grand-mère et scolarisé en 5e. Mais sa tête est ailleurs. « À l’école, je passais le temps. Ma grand-mère avait déjà 70 ans et n’arrivait pas à me canaliser. »

Pas des anges

Devant les difficultés, après un temps de placement en famille d’accueil, Kevin est orienté à Apprentis d’Auteuil sur les suggestions de sa grand-mère, donatrice. L’adolescent intègre le foyer Maximilien Kolbe de Boulogne et le collège Sainte-Thérèse à Paris. « Il y avait une bonne ambiance, se rappelle-t-il. C’était un vrai melting-pot, avec des jeunes de toutes origines et religions. Nous n’étions pas des anges, mais nous avions le respect des adultes. Les éducateurs nous mettaient des limites. Car même si on a eu des soucis dans sa vie, on n’est pas exempté de toute règle. »
Si l’adaptation en foyer se passe bien, les résultats scolaires sont mitigés. Kevin décroche son brevet professionnel, puis part dans une école de vente par alternance. Autant le travail en boulangerie l’intéresse, autant la partie théorique à l’école l’ennuie. Il finit par en être exclu. À 19 ans, le jeune homme aspire à plus d’autonomie. Grâce à son contrat jeune majeur accordé par l’Aide sociale à l’enfance (ASE), il obtient une place en appartement et un petit budget à gérer.
Après une autre orientation inadaptée, la prise en charge de l’Aide sociale à l’enfance s’achevant, le jeune homme doit chercher un appartement et un travail. Kevin enchaîne les petits boulots, dort chez des connaissances. « Ma mère a alors repris contact avec moi, après des années de silence. Étant en situation délicate, je l’ai rejointe à Londres. »

Donner du sens à sa vie

Kevin s’inscrit dans une école d’informatique, passe un diplôme. Mais il découvre peu à peu la situation maternelle : « Elle était criblée de dettes et comptait sur moi pour les rembourser. » Suit une longue période d’errance, durant laquelle Kevin trouve un travail précaire, loge chez des amis, rencontre des personnes plus ou moins bien intentionnées. « Je me posais des questions. Pourquoi cela m’arrive-t-il ? Cette souffrance peut-elle m’aider à me forger dans une vie future ? Pour l’au-delà ? Il faut donner du sens à ce qui nous arrive, développer une force mentale, sinon, on fonce dans le mur. C’est ce que je voudrais dire aux jeunes accueillis à Apprentis d’Auteuil. Ne jamais baisser les bras. »

Objectif, se poser

De retour à Paris, Kevin traverse une période de grande précarité avant de trouver un emploi dans la restauration rapide, puis comme chauffeur VTC. Des années de travail acharné, qui paient : le jeune homme est maintenant propriétaire de son fonds de commerce et emploie six coiffeurs, certains tout jeunes :
"Je leur donne les conseils que je n’ai pas eus. Je n’ai eu ni père ni mère, ce ne sont pas eux qui m’ont éduqué, mais ma grand-mère, à 200 %. Le foyer a aussi contribué à mon éducation et à ce que je suis devenu. J’en suis heureux. C’est une grande famille, c’est important quand on n’en a pas. » 
L’avenir ? Pour le moment, Kevin s’investit à fond dans son travail et s’occupe de sa grand-mère, âgée de 96 ans, avec laquelle il vit. « Je suis là, je me pose, j’ai tellement tourné ! Un jour, je fonderai une famille, c’est prévu. Mais plus tard. Je ne peux pas me permettre de faire ce que mes parents ont fait."

Source : Apprentis d'Auteuil

 

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