« Le confinement m’a fait tomber ! »

David étudie au Havre depuis cinq ans. Cet Équatorien de 26 ans a passé le confinement seul dans son studio.

Son stage de fin de cursus, sur lequel il comptait, a été annulé. Un coup dur difficile à encaisser pour le jeune homme pourtant habitué à se débrouiller.

« Je me suis couché tard, je n’ai pas eu le temps de ranger », s’excuse David dans un sourire, les cheveux noués en catogan, alors qu’il nous accueille à la gare du Havre ce mercredi de début juillet.

À quelques encablures de là, son studio de 17m2, en rez-de-chaussée, a tout de l’antre étudiante désordonnée. Le bureau du jeune homme de 26 ans est encombré de livres et d’objets de toutes sortes. Tout juste l’ordinateur portable y trouve-t-il une place. 

« À 13 heures, j’ai un entretien à distance avec l’Université de Troyes », nous apprend le jeune homme, qui, pour autant, affiche un air détendu. Ayant achevé sa 2nd année d’IUT au Havre, David est désormais diplômé en génie électrique informatique industriel, et souhaite poursuivre en septembre par une licence professionnelle dans les énergies renouvelables.

Une vocation mûrie de longue date – David est venu étudier en France dans l’espoir de travailler ensuite dans cette filière d’avenir, en Europe – et un horizon auquel il s’accroche, malgré les semaines difficiles qu’il vient de passer.

« L'annulation de mon stage m’a mis dans une position économique très compliquée. »

 « Quand le confinement est arrivé, je venais de trouver mon stage rémunéré de 2nd année dans une grande entreprise du Havre, raconte le jeune Équatorien. Je devais commencer le 8 avril, pour dix semaines. D’abord, le stage a été repoussé. Puis il a été complètement annulé. »

« J’ai pu valider quand même mon diplôme, poursuit-il, mais ça m’a mis dans une position économique très compliquée : l’enfer ! J’avais fait mes calculs : avec le salaire du stage, je payais le loyer de mon studio jusqu’à l’été, mes charges, et aussi les cours de code, pour passer le permis français. »

La crise sanitaire a déclenché pour David des problèmes en cascade : impayés de loyer, difficultés à remplir le frigo, aggravation durable de son découvert bancaire entraînant la clôture de son compte. « Heureusement, mon propriétaire s’est montré compréhensif, il ne m’a pas réclamé les loyers pendant le confinement », précise David.

L’étudiant a également bénéficié d’une aide d’urgence de 350 euros débloquée par l’Université, et il attend, en ce début juillet, le versement imminent par le Crous des 200 euros de compensation pour la perte de son stage.

« C’est bien mais c’est insuffisant, pointe David, qui reconnaît volontiers que les demandes d’aide de la part d'étudiants comme lui ont été nombreuses. Surtout, ça a mis du temps à se mettre en place. Si une nouvelle crise devait avoir lieu, il faudrait que ce soit immédiat ».

 « J’ai essayé de transmettre à d’autres étudiants les infos que j’avais. »

Pendant le premier mois du confinement, à l’instar de ses camarades étrangers ou français sans soutien familial et restés sur le campus, David a dû puiser dans son stock de conserves ramenées des Restos du cœur, association qu’il a coutume de fréquenter toute l’année, entre autres solutions de débrouille.

L’interruption des distributions pour raisons sanitaires l’a obligé à faire quelques courses en supermarché. « Je n’ai jamais eu faim, confie-t-il, mais je suis arrivé très près d’un point où ça allait devenir vraiment compliqué. Le stock m’a sauvé la vie ! »

Progressivement, David a eu connaissance de la reprise des points d’aide. « De par mon engagement au Secours Catholique, j’étais bien informé, je ne me suis pas senti abandonné. Et j’ai essayé de transmettre à d’autres étudiants les infos que j’avais ».

Bien que reclus deux mois dans le périmètre restreint de son studio, David, qui « aime avoir des choses à faire » s’est efforcé de ne pas se replier sur lui-même.

« Je ne me suis pas senti trop trop seul », nuance-t-il. L’étudiant est resté en communication régulière par Internet avec des amis et surtout sa famille – ses parents et frère et sœurs – qui vivent à Guayaquil, en Équateur.

« Ils avaient besoin d’avoir de mes nouvelles, et inversement. Guayaquil est la plus grande ville du pays, la plus touchée par l’épidémie aussi ». Le père de David, qui travaille à son compte dans la maintenance de machines, a passé le confinement sans pouvoir travailler : « Il ne pouvait pas m’aider ». 

Pour s’occuper, ne pas se « laisser envahir par le stress et réussir à dormir » le jeune homme a pu compter sur sa grande curiosité naturelle – il aime l’Histoire, notamment l’Histoire de France -, son goût pour la littérature (philosophie et mythologie notamment), les séries et les mangas. « Économiquement, le confinement m’a fait tomber ! Mais sur un plan personnel, il m’a permis l’autoréflexion. » 

Clarisse Briot Journaliste - SCCF

Photos d’Anaïs Pachabézian SCCF

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