Ludivine, une jeune majeure sur la voie de l’autonomie

16/09/2020

Ludivine, placée en Maison d’enfants dès l’âge de 11 ans, est désormais majeure et prépare son avenir grâce au suivi de la Touline de Bordeaux, un dispositif d’Apprentis d’Auteuil dédié aux sortants de l’Aide sociale à l’enfance.

Comment avez-vous passé ces derniers mois ?

J’ai vécu la période du confinement à l’hôtel, à Blanquefort, grâce à la Touline de Bordeaux qui m’accompagne et me soutient, comme d’autres jeunes anciens ou majeurs de la Maison d’enfants Saint-Joseph. J’ai eu 18 ans en février. J’étais sur le point d’avoir un rendez-vous pour l’obtention d’un contrat jeune majeur octroyé par le Département, mais le confinement a tout arrêté. Cependant, je n’ai pas mal vécu cette période, car j’étais déjà habituée à vivre seule et être autonome. Et puis, j’ai pas mal communiqué avec mes amis et mes frères et sœurs plus âgés par les réseaux sociaux. Mais il était quand même temps que cela s’arrête !

Quel regard portez-vous sur le suivi de la Touline ?

Le suivi de La Touline me convient bien, car j’avais besoin d’une relation plus adulte par rapport au suivi des éducateurs dans une Maison d’enfants et c’est ce que propose Gaël Detrieux. Il a une approche individualisée. Je souhaite travailler dans le social et devenir monitrice éducatrice. Je pense que cela me conviendra, au vu de mon expérience personnelle. Et que je pourrais mieux comprendre les jeunes placés en Maison d’enfants, car je l’ai été moi-même à 11 ans. C’est aussi la possibilité de faire quelque chose de bien de cette vie différente (je ne veux pas parler de malheur), et peut-être, de mieux pour les jeunes. Les qualités nécessaires, pour moi ? La patience, le sang-froid (car ce n’est pas toujours simple), l’écoute (beaucoup) et la capacité d’analyse.

Où en êtes-vous aujourd’hui ?

En ce moment, j’habite en appart hôtel, financé par le contrat jeune majeur octroyé par le Département. Je suis suivie par les éducateurs de la Maison d’enfants Saint-Joseph et par la Touline de Bordeaux. Je vais faire un service civique auprès de personnes âgées en EHPAD ou de jeunes en difficulté, dans le cadre de l’association Uni-Cités. Mon grand frère en a déjà fait un, il a trouvé cela gratifiant et m’a dit qu’on cela aide à trouver sa voie. J’aime apporter mon aide et je déteste qu’on délaisse les gens en difficulté. À ma petite échelle, je fais de mon mieux. C’est Gaël de la Touline, qui m’a conseillé le service civique. Nous échangeons beaucoup sur les propositions, mes envies, et trouvons des compromis. Il ne m’impose rien, mais on discute et cela me va bien.

Comment gardez-vous le moral ?

J’ai des amis, un chéri, je me projette dans l’avenir. Et voilà, ça me suffit ! Dans deux ans, je me vois bien travailler, être en appartement ou en maison, avec un chien. Je travaillerai en EHPAD ou dans le cadre de l’inclusion de jeunes en difficulté à l’école. Et j’aurai mon permis ! Il faut que je me mette au code dès à présent. Penser à l’avenir ne me fait pas peur du tout. Je me sens plus mature que bien des jeunes de mon âge. Il y a aussi une petite pression sur moi. À mon âge, si un jeune se plante, Papa Maman ne vont pas le laisser dehors. Dans mon cas, personne ne peut s’occuper de moi.

Quels sont vos loisirs ?

Je dessine beaucoup et j’écris. J’ai commencé il y a longtemps un roman autobiographique, afin de dissiper certains préjugés sur les foyers de l’enfance et ce qui s’y passe. J’y ai été confrontée moi-même assez souvent. Par exemple, quand je suis arrivée au collège en 4e, un prof a dit devant toute la classe : « Tu donneras cela à ton éducateur. » Tout de suite, on m’a posé beaucoup de questions. « Alors, tu es une délinquante, tu as fait des bêtises ? » Les gens ne savent pas ce que sont les Maisons d’enfants, et c’est très difficile de combattre les préjugés. C’est très important qu’on en parle plus

Apprentis d'Auteuil.
 

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