Témoignage d’une mère courage

Fabienne Blanchebarbe, chrétienne et militante à ATD Quart Monde à Toulouse

 

Dans ma vie, j’ai eu beaucoup de galères, mais ce qui m'a le plus marquée, c'est quand je me suis retrouvée dehors avec ma famille. Mon père est mort quand j’avais 14 ans. Vers mes 17 ans, ma fille avait 6 mois, ma mère ne pouvait plus payer le loyer, elle avait des dettes qui s'accumulaient tous les mois. Le maire de la ville est venu avec un huissier pour nous mettre dehors, ma sœur de 15 ans, mon frère de 14 ans, ma mère et moi. Mon petit frère de 11 ans ne s'est pas retrouvé dehors car il était déjà placé en foyer.

Pour qu'on puisse dormir, un ami nous a prêté un garage désaffecté, il y avait plein de poussière. Ma fille, je l'avais laissée à garder à un couple qui avait un appartement. Mon frère et ma sœur ont trouvé des amis, mais ma mère et moi, on a dormi dans le garage désaffecté.

On était toutes les deux en train de dormir, avec la chienne qui venait d’avoir des petits, et j'ai vu une voiture s'arrêter devant le garage. Je n’ai pas fait attention ; je croyais que c'était normal. Mais ils nous ont mis le feu sur le toit ; puisque c'était de la paille, le feu a pris vite. J'ai eu le temps de sortir ma mère, elle dormait à moitié : elle croyait que c'était l'orage qui faisait des éclairs rouges. Mon frère est arrivé en catastrophe, il a sorti les chiens avant que tout s'écroule.

J’ai compris que pour eux, on était gênant. Voir des gens dormir dans un garage pour eux, c'était gênant, ils nous en voulaient. Aujourd’hui encore, j'arrive à faire des cauchemars du feu, ça m'arrive de me réveiller en pleine nuit et de rêver à cette catastrophe.

Le soir même, on nous a trouvé une place dans un foyer pour une nuit, le temps qu’ils nous cherchent autre chose. Puis ils nous ont trouvé un autre foyer qui nous a hébergées pendant quelques temps. Mais puisque c'était pour un certain temps, on s'est retrouvées de nouveau à la rue.

Ma fille, je l'avais mise chez des gens en croyant que c'était des bons amis. Trois, quatre jours après notre expulsion, ils ont appelé la DDASS pour qu’ils placent ma fille. Depuis ce jour-là, elle a toujours été placée, mais j’ai gardé le contact avec elle. J'allais la voir 2 fois 2h par semaine.

Ma deuxième fille a aussi été placée, mais c'était mon choix. Je n'avais pas d’appartement ; je vivais dehors. J’ai passé toute ma grossesse dehors et le jour où j'ai accouché, j'étais encore dehors. J’ai proposé au juge qu'il la place dans la même famille d'accueil que sa sœur et le juge a dit oui.Puis j’ai été logée à l'hôtel ; je suis restée pas mal de temps avec ma mère. La chambre d'hôtel, c'était bien ; il y avait la télé, il y avait tout, mais on ne pouvait pas faire le repas, il fallait aller manger dehors.

Et un jour, j'ai eu enfin mon premier appartement à Toulouse.

J'ai rencontré les sœurs de la Bonne Nouvelle grâce à un ami. Avec les sœurs, d’autres familles du Quart Monde et des compagnons, on va une fois par mois à Villariès. A Villariès, tous les problèmes que j'ai, je les laisse chez moi. Ça me fait le vide dans la tête, je suis entourée de gens qui me font oublier mes problèmes.

Dans ma vie, les galères j'en ai eu et ce n’est pas encore fini.

Mes projets, ce serait de quitter mon quartier, car ça commence à devenir de plus en plus chaud. Je n’ai pas de problèmes avec le voisin mais j'ai quand même peur de sortir le soir. J'ai surtout envie de partir pour que mon fils puisse commencer une nouvelle vie et arrêter ses conneries avec ses copains qu'il trouve à droite à gauche. Il choisit mal ses amis et après il en paye le prix.

J'ai la foi même si c'est vrai qu’à un moment, avec tous les problèmes, je ne savais pas si Dieu pouvait m'aider, me remonter le moral ; j'étais perdue. Aujourd’hui j'essaie de demander à Dieu de l'aide pour qu'il me donne de la force pour m'aider à surmonter mes problèmes. Et tant que je n’ai pas fait une dépression, c'est que ça marche : Dieu m'aide à tenir le coup ; c'est ça que je ressens. J'ai l'impression qu'il me le dit à travers le cœur. Il me parle à travers le cœur. Il me dit : « ne lâche pas ; pense à ton fils qui a encore besoin de toi, tu n’es pas toute seule »

Au début de ma vie, je me suis sentie faible, je me sentais rabaissée, je pensais que je n'étais plus rien. Jusqu'au jour où je me suis dit : « Je ne suis pas une moins-que-rien », il faut que je puisse avancer droit devant. Il ne faut pas laisser les gens dire qu'on est des moins-que-rien. Surtout il ne faut pas perdre confiance.

Quand je regarde mon chemin de vie, je suis fière, vraiment très fière, car j'ai surmonté tous les problèmes que j'ai eus. Même si il y en a encore aujourd'hui, ils sont moins graves. Je me dis qu’aujourd’hui, j'ai un appart, j'ai mon fils et puis je ne suis pas toute seule. Je fais ma vie, j'avance. Au lieu de reculer, j'avance. C'est ça que je me dis dans ma tête.

 

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