COVID-19 : la « juste distance » est aussi psychique, morale, spirituelle, existentielle…

Un tiers de la population mondiale est aujourd’hui « confinée », les espoirs et les incertitudes s’approfondissent… Sur la plupart des sujets, « nous savons que nous ne savons pas… ». Quand sortirons-nous de cette période ? Dans quelle situation sanitaire, économique, sociale, spirituelle… ?

Le confinement est une réalité soit personnelle (la moitié des logements à Paris sont occupés par une personne seule) soit familiale, et dans l’un et l’autre cas il nous faut prendre la mesure de son caractère profondément déstabilisant, pour nous-mêmes comme pour ceux qui nous entourent, ainsi que l’a souligné le pape François lors du « Moment extraordinaire de prière en temps d’épidémie » qu’il a présidé le 27 mars sur le parvis de la Basilique Saint-Pierre : « Nous nous nous rendons compte que nous nous trouvons dans la même barque, tous fragiles et désorientés, mais en même temps tous importants et nécessaires, tous appelés à ramer ensemble, tous ayant besoin de nous réconforter mutuellement. (…)

La tempête démasque notre vulnérabilité et révèle ces sécurités, fausses et superflues, avec lesquelles nous avons construit nos agendas, nos projets, nos habitudes et priorités. (…)

Et le pape de poursuivre : « Tu nous invites à saisir ce temps d’épreuve comme un temps de choix. Ce n’est pas le temps de ton jugement, mais celui de notre jugement : le temps de choisir ce qui importe et ce qui passe, de séparer ce qui est nécessaire de ce qui ne l’est pas. C’est le temps de réorienter la route de la vie vers toi, Seigneur, et vers les autres. (…)

Nous le sentons bien, ce sont toutes nos relations qui sont ici revisitées : entre conjoints, entre générations, entre frères et sœurs… être ensemble 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7 représente un défi considérable. Le commandement de Dieu « d’honorer son Père et sa Mère » signifie au sens premier : « avoir la juste distance », ni trop éloignée, ni trop proche. Or dans 60, 80 ou 100 mètres carrés, la « juste distance » à trouver n’est pas seulement physique, elle est aussi psychique, morale, spirituelle, existentielle…

Baptisés, il nous est offert d’accueillir les signes des temps comme une invitation au renouvellement intérieur, à la conversion personnelle, en une sorte de « retraite spirituelle » nous aidant à discerner l’essentiel de l’accessoire et la fécondité de la fébrilité. Cette conjugaison entre l’être et le faire, entre Marthe et Marie…  qui nous revient si spontanément à l’esprit. Plus que jamais cette tempête nous invite à nous arrimer à la personne du Christ en lui offrant nos pauvretés et nos déserts, nos consolations et nos lumières, en reprenant l’articulation de nos vies dans notre relation au Seigneur, aux autres et à nous-même…

Le dossier qui nous est ici offert déploie nombre d’initiatives toniques et originales. Quelle heureuse et puissante stimulation à nous mettre en lien et à nous aider à vivre ensemble, en famille, et avec tout homme dont je suis invité à me faire le prochain, ce drame de l’actuelle pandémie. C’est dans toute sa profondeur humaine et spirituelle qu’il nous revient de transformer en source de grâce l’épreuve de ces jours.

+Mgr Antoine de Romanet
Évêque aux Armées françaises
Avril 2020

Source : Eglise catholique en France

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