Le récit de Martine comme récit de révélation

04/05/2016

Le Père alain Thomasset, jésuite, nous propose une relecture du témoignage de Martine et les difficultés familiales .

Martine ne prétend pas être une mère modèle, là n’est pas son propos, bien au contraire. Mais à travers son expérience, passée au feu de la galère, elle nous dit plusieurs choses à la fois simples et essentielles. La misère nous dit en creux ce qui est vital pour chacun de nous mais que souvent nous oublions ou ne voyons pas. C’est comme le négatif d’une pellicule photo qui fait voir des motifs invisibles autrement. Son récit est une histoire de salut qui nous parle du travail de Dieu et d’une humanité réconciliée.

 

1. Une vie de famille brisée peut mener à toutes les dérives

Martine nous indique que la vie de famille, lorsqu’elle est brisée, peut mener à toutes les dérives. « Abandon, déchirure, galère » sont les mots qu’elle met en relief. Combien de gens rencontrées dans les foyers de sans-abris, les accueils de jour, les soupes populaires, sont des personnes ayant vécu une rupture familiale. À l’envers, on peut dire que la vie de famille est quelque chose d’essentiel à la dignité des personnes, à leur unité, à leur identité, à leur vie spirituelle. ATD nous rappelle que partout dans le monde, l’extrême pauvreté sépare parents et enfants. La misère c’est être dans la peur de perdre à tout instant ceux que l’on aime (J. Wresinski). Or la famille représente un repère fondamental pour toutes les personnes qui vivent dans la misère, c’est le lieu ultime de la résistance à cette misère. En effet, la famille porte l’espoir d’un lendemain meilleur pour les parents et les enfants. Elle suscite la joie de voir grandir les enfants, elle porte l’espoir d’un monde meilleur, d’un renouveau possible. La pensée des enfants est aussi ce qui a empêché Martine de tomber plus bas. Dans la Bible, l’enfant est la figure même de l’espérance : « un enfant nous est né, un fils nous est donné… » chantons-nous à Noël. Cette espérance disparaît lorsque la famille est défaite. C’est un ressort essentiel à l’existence qui est brisé pour longtemps.

2. Une espérance redonnée par des rencontres

Dans le témoignage de Martine, l’espérance a été redonnée par des rencontres avec des personnes qui ont su redonner confiance, qui ont permis d’oser croire à nouveau, d’oser se mettre debout. Ce sont des liens qui ont été brisés, ou défaits, par la situation dramatique de la famille (l’abandon du mari, des proches) mais aussi par des regards ou des jugements qui ont enfermé dans la honte, l’image de l’incapacité, de la galère (la DDASS)… Ce sont d’autres liens qui permettent de renouer le fil d’une existence, de se redresser. Elle parle de « frères » et souvent les gens de la misère parlent de ces liens comme d’une nouvelle famille. Elle nous rappelle ainsi que nous sommes des êtres de relations et que nous vivons de ces relations de confiance. Il y a dans nos vies des liens et des rencontres qui appellent à l’existence. Les gens qui ont connu la misère nous apprennent à les voir avec plus de clarté.Ils nous apprennent l’humilité afin de ne pas croire que nous pouvons sortir des difficultés par nos seules forces. Les familles du quart monde insistent souvent pour dire l’importance des liens, des relations qui permettent d’espérer quand bien même tout s’écroule.

Pages

Ajouter un commentaire