Mineurs isolés étrangers : entretien avec Marie Derain

07/12/2016

 

Echange avec Marie Derain, « conseillère  droits de l’enfant », de la ministre des familles, de l’enfance et des droits des femmes

 

Comment s’informer concrètement et précisément sur l’accueil des mineurs isolés étrangers (MIE) en France  ?

Remarquez bien l’ordre des 3 lettres MIE : ce sont d’abord des enfants, des jeunes, sans la protection naturelle de leurs parents ou de leur famille ; il se trouve qu’ils sont étrangers. Il faut le penser dans cet ordre. La France les protège comme elle s’y est engagée pour tous les enfants quel que soit leur âge, en ratifiant  la convention des droits de l’enfant, le 7 aout 1990.

La crise migratoire de l’été et de l’automne 2015 a augmenté le nombre de ces jeunes en France, qui ont afflué plus massivement depuis janvier 2016. Ce qui complique leur accueil par les départements qui ont la responsabilité de la protection de l’enfance. Ce sont des garçons à 95%, qui viennent principalement d’Afrique sub saharienne (Erythrée, Soudan notamment) et  d’Afghanistan, selon  la situation géopolitique du monde… C’est aussi une question diplomatique, de paix et de développement.

Le site infoMIE est une ressource très fournie pour les textes de référence, les statistiques, la recherche, etc. N’hésitez pas à le consulter.

Que veulent-ils ?                                                                                                                                              

La plupart veulent rester en France et acceptent ce qui leur est proposé. D’autres sont de passage, veulent se refaire une santé pour partir ailleurs, souvent au Royaume-Uni.

Pour pouvoir rester en France, sans problème à leur majorité, ils doivent avoir été pris en charge pendant 3 ans par les services de l’aide sociale à l’enfance français. Quand ils ont 16 ans ou plus, le calcul est vite fait… Alors certains développent des stratégies : pour rester, ils cachent leur âge. Il ne faut pas être naïf ! Et le test osseux (une radio du poignet), sensé déterminer l’âge réel, mis au point au  XIX° siècle, n’est pas fiable. Il a une marge d’erreur de 18 à 24 mois. D’où des crispations pour l’entrée dans le dispositif.

A quoi être attentif plus particulièrement à leur sujet ?

Ils sont vulnérables par définition, mais aussi fragilisés par  leur parcours migratoire, qui a souvent été jalonné de violences. Je pense à un jeune Afghan qui a mis 17 mois pour arriver, il est passé par des camps en Lybie, il a subi des sévices à plusieurs reprises. La bien-traitance et la bienveillance absolue s’impose, elles doivent être inconditionnelles.

Ils ont déployé des stratégies de mensonge pour survivre. Ces mensonges s’ajoutent aux tracas du voyage et aux ruptures. Certains décompensent gravement. Pour se construire, il faut être en vérité. Car la vérité rend libre. On peut essayer de les aider en les aidant à se réinscrire dans leur histoire, leurs richesses, en les aidant à savoir qui ils sont, à devenir des citoyens acteurs. Ne pas les laisser indéfiniment dans ce statut d’anciens mineurs isolés ! Au-delà de l’obligation d’accueil, la rencontre des cultures est toujours une richesse ; tous, nous avons à en cueillir les fruits.

 

Propos recueillis par C. Gilbert

 © Crédits Photo : Fondation Jean Rohain

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