Quand la crise sanitaire révèle l’opposition entre générations

Depuis début 2021, certains intellectuels, hommes politiques et jeunes dénoncent les restrictions sanitaires en vigueur qui supposeraient un « sacrifice » des jeunes pour « sauver » les personnes âgées.

 

Entre jeunes et aînés, les liens seraient-ils définitivement rompus ? Avec la crise, un choc des générations se prépare-t-il ? Les Petits Frères des Pauvres sont allés recueillir la parole de jeunes bénévoles et de personnes âgées.

« Sacrifier les jeunes à la santé des vieux, c’est une aberration », déclare le philosophe André Comte-Sponville dans une interview accordée au Temps. « Il est évident que, quand vous arrivez à la fin de votre vie, votre vie n'a pas du tout le même prix que celle d'un jeune qui a 20 ans et qui a sa vie devant lui. S'il faut faire des sacrifices, il faut que ce soit le passé au profit de l'avenir. », soutient le journaliste François de Closets sur RMC. « À un moment donné, vu la situation économique qui nous attend, peut-être faudrait-il dire à nos aînés de prendre leurs responsabilités, eux qui sont si prompts à nous traiter d’irresponsables, et se confiner d’eux-mêmes », estime Emeline, 28 ans, interrogée par l’AFP. 

Dans les médias, sur les réseaux sociaux, nombreux sont les politiques, les étudiants ou même les artistes à tenter d’opposer les générations dans cette crise sanitaire. Insidieusement ou parfois violemment, se pose la question de l’importance de la vie des plus âgés. Le débat est tel au sein de la société qu’un sondage vient de révéler que 56 % des Français craignent un conflit des générations entre jeunes et personnes âgées (enquête Odoxa / Cercle Vulnérabilités et Société, 16/02/2021).

Les personnes âgées, boucs-émissaires de la crise sanitaire ?

Alors qu’elles sont à la fois les premières victimes du virus mais aussi les plus impactées par le confinement (5,7 millions de personnes âgées ont ressenti de la solitude pendant le 1er confinement, selon une étude des Petits Frères des Pauvres réalisée en juin 2020), les personnes âgées semblent être désignées par certains comme responsables de la situation et du malheur des jeunes. « On cherche des responsables à notre situation et comme on n’a personne à blâmer, on cible spontanément les vieux. », avoue Charlotte, 24 ans, dans le journal Le Monde (16/02/2021).

Jeunes et aînés, même combat

Pourtant dans cette crise sanitaire, jeunes et personnes âgées font face aux mêmes difficultés. Selon le sondage Odoxa, chez les 18-34 ans, 66 % estiment subir une détérioration de leurs relations sociales avec leur famille, amis et collègues. Ils sont aussi 56 % à avoir connu un état dépressif.

Des résultats quasi-identiques à ceux observés par l’étude des Petits Frères des Pauvres en juin 2020 chez nos aînés : 720 000 personnes âgées n'avaient eu aucun contact avec leur famille durant le premier confinement et 650 000 personnes âgées n’avaient trouvé personne à qui parler. Enfin, pour 41 % des personnes âgées, le confinement avait eu un impact négatif sur leur santé morale.

Resserrer les liens entre jeunes et personnes âgées

Puisque jeunes et aînés vivent les mêmes problématiques durant cette crise, pourquoi ne pas s’entraider plutôt que s’affronter ?

C’est le parti qu’ont choisi les Petits Frères des Pauvres et leurs milliers de jeunes bénévoles qui accompagnent des personnes âgées. Ensemble, ils privilégient l’intergénérationnel pour faire tomber les idées reçues mutuelles sur la jeunesse et la vieillesse. 

C’est le cas de Luna, 18 ans, bénévole à Brignoles (83) : « Je pense honnêtement que beaucoup de jeunes ont une mauvaise image des personnes âgées mais l’inverse est aussi vrai ! Il y a énormément de préjugés mais il faut essayer d’être dans une démarche où on va vers l’autre. »

Par ailleurs, aux côtés des aînés, nos jeunes bénévoles s’enrichissent de valeurs telles que la solidarité, l’entraide et l’empathie. Pour eux, il est important d’être reconnaissants envers les personnes âgées qui nous ont permis de connaître la société d’aujourd’hui : « Ces personnes sont mortes pour notre pays, certaines ont fait la guerre. Nos aînés ont créé notre histoire, après tout si nous sommes là, c’est grâce à eux ! C’est important de les remercier ou au moins d’être reconnaissants. », poursuit Luna. 

Même son de cloche du côté de Gwendoline, 28 ans, bénévole pour les Petits Frères des Pauvres de Saint-Etienne du Rouvray (76) : « Quand on est jeune et qu’on a la vie devant soi, on peut mettre sa vie en stand-by quelques mois, voire une année, pour les plus âgés, ne serait-ce que pour tout ce qu’ils ont fait pour nous, notamment ceux qui ont subi la guerre ». 

Un message d’espoir aux jeunes

Alors que certains tentent d’opposer les générations, de nombreuses personnes âgées essaient au contraire de montrer leur soutien aux jeunes et restent pleines d’espoir pour cette génération. « J’ai beaucoup d’espoir dans les jeunes. Dans ma ville, j’en ai souvent qui viennent me proposer spontanément de l’aide pour monter les escaliers. Il faudrait aussi que certaines personnes âgées cessent d’avoir un regard déplorable sur la jeunesse. Il faut faire tomber ces idées reçues et aller vers les autres. Si on veut s’intéresser aux enfants et aux jeunes, il y a mille façons ! », s’exclame Madeleine, 73 ans, accompagnée par les Petits Frères des Pauvres de Brignoles. 

« Je comprends les jeunes en ce moment. La crise est dure pour tout le monde, pour eux qui ne peuvent pas sortir en groupe et pour nous, les personnes âgées qui sommes confinées chez nous… Mais je crois en la jeunesse. Il ne faut pas tous les mettre dans le même panier ! », observe Ginette 73 ans, accompagnée par les Petits Frères des Pauvres de Tourcoing (59).

Depuis plusieurs années, les Petits Frères des Pauvres sensibilisent les citoyens pour changer de regard sur la vieillesse. Le message peine à se faire entendre en ces temps de crise sanitaire, mais le nombre croissant de jeunes bénévoles qui nous rejoignent montre que les consciences s’éveillent… 

Source : Petits Frères des Pauvres

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