« Tenir sa place, mais rester à sa place. »

 

 

Extrait d'un court texte de Jean Rodhain - fondateur du Secours Catholique - Caritas France. #Servir au temps du coronavirus 

 

 

Primo : rester à sa propre place. Donc ne pas empiéter sur la place des autres responsables.

  • La place du Créateur, c’est de donner à son peuple le pain quotidien. Devant 3 milliards d’hommes, je n’ai pas à me substituer au Créateur. Je ne suis pas chargé de gouverner à sa place le monde entier, ni de parer à toutes les épidémies, à tous les naufrages, à toutes les famines. Il suffit d’un gramme de bon sens pour refuser ce gigantesque rôle.
  •  La place des pouvoirs publics est de régir leur pays en justice dans le souci du bien public. S’il y a des salaires de famine au Pérou, s’il y a des prisons inhumaines en Grèce, c’est aux citoyens de ces pays de modifier leurs structures et de transformer leurs lois. Je n’ai pas à prendre leur place ni leur rôle.

Secundo : tenir sa place. La charité a une place précise et une fonction définie : elle doit avant tout tenir un rôle d’éveil.

Elle découvre les misères, elle propose les remèdes. Elle informe et elle forme. Elle présente les situations et elle prépare les solutions. La charité d’aujourd’hui construit la justice sociale de demain.

- Saint Paul n’a pas résolu sur-le-champ le problème de l’esclavage. Mais il traitait l’esclave Philémon avec respect et amour : il l’a fait admettre comme un frère. Il a ainsi peu à peu amené l’opinion, puis donc la législation, à effacer l’esclavage tout entier.

Le Christ n’a pas soigné tous les paralytiques ni guéri tous les aveugles. Mais Il les a regardés d’un tel regard que Pierre, et Jacques, et Jean, et tous les disciples sont passés vis-à-vis des infirmes du mépris à l’estime.

La charité reste à sa place en révélant au monde la mort des enfants biafrais. Elle ne se contente pas de les nourrir. Elle interpelle les Grands, impassibles. Elle réclame que les structures internationales interviennent. Elle crie pour la justice. Elle crie pour paix.

La charité reste à sa place en révélant le nombre anormal des jeunes dans les prisons françaises et en dévoilant le nombre de prévenus détenus abusivement avant tout jugement. Elle informe l’opinion. Elle inquiète le législateur. Elle amorce une réforme dont la réalisation lui échappe.

La charité reste à sa place en prouvant que tant de misères sont conditionnées par des salaires injustement insuffisants. Elle crie pour la justice. Et elle laisse ensuite les structures sociales compétentes agir pour que cette justice soit appliquée.

L’activité charitable, ce n’est pas l’épicier choisissant dans son présentoir ni le pharmacien dosant dans sa balance. C’est davantage l’opticien aidant à voir plus loin ou le pilote accélérant ce qui était inerte.

La charité invente, elle prépare, elle provoque, elle accélère. Elle marche devant, en traduisant pour notre temps l’Évangile de la charité. C’est sa place. Et c’est une place en flèche, car en définitive ce sont les mots d’amour qui sont toujours les plus révolutionnaires.

« Tenir sa place - Rester à en place » La formule fait image. Son application n’est point facile. J’ai cru longtemps que c’était un travail d’équilibriste solitaire sur un long fil de fer. Je ne le crois plus maintenant, car plus on avance en tâtonnant, plus on reconnaît tant de voix amies qui alertent, qui informent, qui guident, qui réconfortent. A tous ces amis connus et inconnus, merci.

Jean RODHAIN.

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