Vieillissement et grande pauvreté : comment refuser l’indignité ?

15/09/2021

Pour préparer la Journée mondiale du refus de la misère, ATD Quart Monde et ses partenaires se sont réunis le 11 septembre 2021 autour du thème « vieillissement et grande pauvreté : comment refuser l’indignité ? ».

 L’occasion de s’interroger sur la manière dont les personnes âgées les plus précaires sont trop souvent invisibilisées dans la société.

« Nous sommes maltraitants avec les vieux. Vieillir, ce n’est pas une identité et pourtant c’est une étiquette qu’on nous colle et à laquelle on nous réduit. » Ce constat sans appel formulé par Francis Carrier, fondateur de l’association GreyPride, est partagé par les trois autres intervenants de la table ronde organisée à Paris, Dafna Mouchenik, directrice de la société LogiVitae, Michelle Meunier, sénatrice PS de la Loire-Atlantique et Hugues de Bettignies, directeur d’Habitat et Humanisme Soin.

« La vieillesse est un déni social, puisqu’elle est considérée comme une perte, un poids. Il ne faut pas laisser aux politiques, aux pouvoirs publics, aux associations, aux professionnels seuls le fait de l’organiser. Les gens doivent exprimer comment ils souhaitent vieillir et pas seulement comment ils ne souhaitent pas vieillir. Rien ne devrait être décidé pour les vieux sans les vieux », ajoute-t-il.

Lorsque cette expérience de la vieillesse se cumule avec une situation de précarité, « on double l’étiquetage », souligne Michel, spectateur de cette table ronde également.  Dafna Mouchenik craint ainsi « un risque d’accompagnement à domicile à deux vitesses : ceux qui pourront financer le soutien nécessaire pour rester dans leur maison, et ceux qui devront faire avec les financements publics, comme l’AAH (allocation aux adultes handicapés), qui restent malgré tout bien limités ». La sénatrice Michelle Meunier est également préoccupée par « le non-recours et les nombreux droits que les personnes ne connaissent pas et qui pourraient être activés pour déclencher l’accompagnement par une aide-ménagère par exemple ». Tous les intervenants s’accordent pour pointer le coût des Ephad, souvent inaccessibles pour les personnes en situation de précarité.

L’impensée de la vieillesse

Francis Carrier constate pour sa part que « les personnes en situation de grande précarité ne se projettent pas dans la vieillesse, encore moins que les autres. Il y a un impensé total sur cette capacité de se dire ‘je vais être vieux’, parce qu’ils ont vécu dans des situations extrêmes de pauvreté, de danger, de santé déficiente… Arrivés autour de 60 ans, ils peuvent faire valoir des droits, ils reviennent dans une norme sociale qui est celle ‘d’être vieux’, mais ils ne savent pas forcément comment faire ».

Le fondateur de GreyPride évoque ensuite un deuxième groupe de populations touchées par la pauvreté : « les travailleurs qui étaient dans la classe moyenne ou ouvrière et qui découvrent la précarité en passant à la retraite. » Pour eux, cette situation « se découvre d’abord par le logement. Si on n’est pas propriétaire de son logement, on s’aperçoit tout à coup qu’on ne peut plus payer son loyer, donc la première décision est de se délocaliser ». Cela peut être vécu positivement, mais ce déménagement dans des zones moins urbaines peut également être difficile. Certaines personnes « se retrouvent seules à la campagne, sans service, sans la possibilité de reprendre une voiture. Elles constatent qu’il leur est impossible de faire machine arrière et de revenir dans leur ville ».

« On fabrique de la dépendance »

Francis Carrier dénonce en outre « la perte d’autonomie qui est imposée par la société », en raison notamment du développement du « tout numérique ». Il prend pour exemple la disparition des guichets dans les administrations, la mise en place de portiques sur les quais de gare empêchant d’accompagner les voyageurs dans le train, l’installation d’interphones ultra-sophistiqués dans des logements sociaux… « On fabrique de la dépendance, de la perte d’autonomie. C’est la responsabilité de l’État de mettre en place des canaux qui permettent aux gens de conserver leurs droits fondamentaux », affirme-t-il.

Dafna Mouchenik rappelle par ailleurs « la précarisation des personnels » travaillant en lien avec les personnes âgées. Pour Hugues de Bettignies, directeur de Habitat et Humanisme Soin, il est aujourd’hui urgent de « valoriser ceux qui travaillent dans les Ehpad et de les traiter plus décemment ».  Ces métiers liés au grand âge « souffrent d’un manque de visibilité et de reconnaissance. Or ils apportent beaucoup. Ce sont souvent des femmes qui les exercent. Elles n’ont pas de temps-plein et auront, elles aussi, des problèmes au moment de la retraite », ajoute Michelle Meunier.

Tous préconisent d’écouter avant tout les besoins des personnes, de prendre en compte leurs expériences et d’arrêter « d’invisibiliser les personnes âgées » dans notre société.

Source : ATD Quart Monde

 

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