Plaidoyer 2022 : les jeunes portent leur voix

À l’approche des élections présidentielle et législatives, Apprentis d’Auteuil rend public son nouveau plaidoyer " Prendre le parti des jeunes : 24 solutions pour transformer leur avenir ", afin d’interpeller les candidats et de peser dans le débat public.

 

Nourri de l’écoute des jeunes et des familles accompagnés ou non par la fondation, et de tous ceux qui s’engagent pour eux ou œuvrent à leurs côtés, il est destiné à un large public.

30 000 jeunes en difficulté accompagnés par Apprentis d’Auteuil, 6 000 familles soutenues dans leur rôle éducatif. Autant de trajectoires singulières, de rêves à atteindre, d’espoirs renouvelés, d’obstacles à surmonter. Pour bien comprendre les situations auxquelles ils sont confrontés, connaître ce qui les préoccupe, ce qui les fait espérer ou désespérer de l’avenir, et partager tous ces constats, Apprentis d’Auteuil a choisi de les questionner via Internet, les réseaux sociaux, mais aussi par une vaste concertation élargie aux collaborateurs, partenaires et donateurs de la fondation.

Le résultat : un plaidoyer destiné aux décideurs, en particulier, aux femmes et hommes politiques qui seront, demain, en charge du pays et pourront prendre en compte ces attentes. Mais pas seulement. « Le plaidoyer est l’affaire de tous, chacun à son niveau, explique Jonathan Tetas, responsable Plaidoyer et Relations institutionnelles à Apprentis d’Auteuil. Il s’agit de faire prendre conscience des situations et d’expliquer ce qui est vécu. »
L’écoute des jeunes et des familles a permis de dégager six grandes thématiques :

  • l’exposition à la violence,
  • la précarité,
  • la famille,
  • l’école,
  • l’insertion,
  • la citoyenneté.

Pour chacune d’elles, des constats tirés des expériences de vie qui nous ont été confiées, des convictions, forgées au cours de nos 155 ans d’expérience, des exemples d’initiatives de terrain, puis des propositions.

Le plaidoyer s’ouvre sur le témoignage de Florent, 17 ans, accueilli depuis trois ans au lycée professionnel Sainte-Jeanne-d’Arc de Loches, près de Tours (37). Le jeune homme y raconte le harcèlement dont il a été l’objet en 4e dans son ancien collège : « J’ai été harcelé, tabassé, j’ai même reçu des menaces de mort. Pourquoi ? Je ne sais pas vraiment... Un garçon a commencé à m’insulter, me taper, et les autres ont embrayé. Je n’en ai pas parlé à la maison. Mes parents ont vu que j’avais changé. Mes notes avaient chuté. Je répondais, je parlais mal à mes petits frère et sœur, je ne mangeais plus, je ne voulais plus sortir dehors. Je voulais quitter ce monde. »
La violence, multiforme dans la société, est un phénomène ressenti très fortement par les jeunes et les familles. Au cours des entretiens, les jeunes ont exprimé leur impression d’un climat d’agressivité permanent. Un chiffre pour illustrer ce constat : 41 % des plus de 15 ans ont été harcelés à l’école 1. « L’exposition à la violence, c’est un champ très large, qui recouvre celle qui survient entre jeunes, entre jeune et adulte, dans la famille, dans les institutions. Elle désigne aussi le harcèlement scolaire, les violences sexuelles, les violences conjugales, etc. », remarque Jonathan Tetas.
La fondation agit sur le terrain en mettant en place des dispositifs de prévention et de protection : médiation, observatoire, actions de sensibilisation, accueil des femmes victimes de violence, etc. Parmi toutes ses propositions, la fondation demande que les lois protégeant les enfants soient réellement appliquées. Que les jeunes et les professionnels soient sensibilisés au cyberharcèlement. Que tous les adultes ayant la responsabilité d’enfants puissent prévenir et repérer les faits de violence en étant mieux formés.

La précarité, un scandale absolu

Anthony, 18 ans, a connu la rue à la fin de sa prise en charge par l'Aide sociale à l'enfance (c) Besnard/Apprentis d'Auteuil. « J’étais hébergé dans un foyer de l’Aide sociale à l’enfance. À ma majorité, ils m’ont demandé de partir. Sans aucun soutien familial, j’ai vécu à droite à gauche, parfois à la rue, parfois chez des amis. Au lycée, mes notes, ce n’était plus trop ça... J’ai eu un coup de mou. Une fois dehors, sans logement, je n’arrivais plus à travailler. Mes seules pensées, c’était de savoir comment j’allais manger et dormir. » Ainsi s’exprime Anthony, 18 ans, accueilli depuis quelques mois à la résidence sociale à orientation éducative de Toulon.
La question de la précarité touche de nombreux jeunes et familles. Apprentis d’Auteuil en fait l’expérience au quotidien, en accompagnant ceux qui la subissent.
Cette précarité a des effets démultipliés : perte d’énergie, d’estime de soi, de confiance. Elle a des répercussions sur la santé physique et mentale, et sur l’avenir des personnes. Il faut ainsi en France six générations pour sortir de la pauvreté 2. Refuser la fatalité et les déterminismes sociaux est une conviction profonde d’Apprentis d’Auteuil. La fondation demande que l’on fasse une priorité de l’accès au logement. Que la précarité des enfants et des jeunes soit davantage étudiée pour concevoir des réponses plus adaptées. Et qu’enfin, une politique de santé volontariste soit définie pour les mineurs, en particulier les plus vulnérables.

Famile, école, insertion : des priorités

Le plaidoyer offre une large part à la thématique de la famille, en réaffirmant ses convictions : il faut l’épauler au plus tôt pour prévenir des difficultés profondes et durables, ne jamais la discréditer.
Un autre chapitre concerne l’école, si essentielle, et pourtant source de déception pour les jeunes et leurs parents, qui en attendent moins de jugement, plus d’écoute et de concret. 17 % des jeunes quittent l’école sans diplôme, ou, au mieux, avec le brevet 3

La fondation demande, entre autres, que l’école réponde mieux aux besoins des élèves, que la manière d’évaluer les élèves évolue.Sur le volet insertion des jeunes, un des axes forts d’Apprentis d’Auteuil, la fondation appelle à davantage de mises en situation pour apprendre un métier. Qu’un soutien public fort et cohérent accompagne les sortants de la protection de l’enfance, si besoin jusqu’à 25 ans.

Citoyenneté : les jeunes aspirent à s'engager

Enfin, un dernier chapitre concerne la citoyenneté et s’ouvre sur le beau témoignage d’Élisa, qui a découvert son pouvoir d’agir en citoyenne du monde grâce aux chantiers de solidarité internationale de la fondation. L’envie d’être utile, de s’engager, est très présente chez les jeunes. Mais en contrepoint, ils font le constat que leur parole ne compte pas, qu’ils ne peuvent faire confiance aux adultes, que l’individualisme règne.
« Écouter les jeunes, leur permettre de coconstruire avec les adultes sur les sujets qui les concernent est essentiel, remarque Jonathan Tetas. L’apport est immédiat, avec des points de vue plus riches, plus variés, plus pertinents. La société a tout à y gagner. »
Apprentis d’Auteuil réaffirme sa conviction de vivre et d’éduquer à la fraternité. La fondation demande que la culture, l’art et le sport soient valorisés comme des voies privilégiées d’éducation et de création de lien social. Que la participation des jeunes et des familles soit effective dans les lieux où sont prises les décisions les concernant.
« Avec ce plaidoyer, une voix forte se fait entendre, celle d’une jeunesse qui dit à la fois sa peur et son désespoir mais aussi sa volonté d’engagement et de participation, concluent Jean-Marc Sauvé, président, et Nicolas Truelle, directeur général. L’enjeu est immense : changer les regards, comprendre les rôles des familles, défendre l’intérêt supérieur de l’enfant, réduire les fractures sociales. Cette voix, nous ne pouvons pas la garder pour nous ! »

Source  Apprentis d'Auteuil

 

 

  • 1.   Baromètre Ifop réalisé pour l’association Marion, la main tendue et la région Île-de-France, publié le 18 mars 2021
  • 2.   Rapport de l’OCDE de juin 2018
  • 3.  Ministère de l’Éducation nationale, Repères et statistiques 2020

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